Courrier des lecteurs

La guerre des mondes

Publié le 05/02/2021

Nous vivons dans un monde biologique évolutif, régulé successivement par des lois d’interaction, d’évolution, de sélection, de nouveau d’interaction etc. Donc systémique. Chaque être est à la fois cause et conséquence de tout ce qui existe, c’est l’histoire de l’œuf et de la poule. La pensée unique génère le complotisme médical, le complotisme génère la pensée unique. Attaquer frontalement ceux étiquetés de complotistes, comme si le parti opposé détenait la vérité absolue et dogmatique, c’est nier l’aspect systémique de notre monde, c’est se tromper de mode de combat.

Autrefois, on ne savait pas, aujourd’hui, on sait : on forme un tout interdépendant qui ne peut subsister tel quel mais évoluer progressivement en douceur relative, sauf déséquilibre cataclysmique qui le fait basculer vers un nouveau monde issu du chaos provoqué, géré par les mêmes lois naturelles, mais monde aux caractéristiques inconnues, nous ne sommes pas devins. Nous sommes sans doute dans un tel scénario aujourd’hui.

Selon notre gouvernance linéairement anthropocentrique, où l’homme se considère comme maître de la nature, nous sommes attaqués par le SARS-Cov-2. Mais en prenant du recul, vu de l’extérieur, n’est-ce pas notre îlot humain qui a déclaré la guerre au « monde biologique » et à son support nourricier qui est la terre, par non-respect des lois, le SARS-Cov-2 n’étant alors qu’un soldat de circonstance pour défendre l’équilibre biologique en place ? Qui est l’œuf, qui est la poule ? Ne faut-il pas raisonner sur le mode systémique pour sortir de la crise, ou plus exactement de la catastrophe dans laquelle nous nous sommes plongés et qui va faire exploser notre devenu ancien système, tel un big bang, vers un autre système ?

Il n’y a rien de plus angoissant, donc source de brutalités non contrôlées augmentant à leur tour l’angoisse, que d’avoir le cul entre deux chaises : confinement ou pas confinement — ou autres exemples trop nombreux actuels traduisant la perte de contrôle de la situation — le nez dans le guidon avec absence d’un projet d’avenir à moyen et long terme à proposer. Alors que le rôle d’un chef est de fixer et d’insuffler une vision d’avenir collective acceptée, source d’apaisement par espérance avec déclenchement d’une responsabilisation individuelle. Une mauvaise solution est toujours meilleure qu’une absence de solution par hésitations incompréhensibles, au moins, on peut avancer donc évoluer telle que la nature nous l’enseigne.

La sélection naturelle n’est pas avant tout celle du plus fort ou du plus rusé, mais du plus utile au collectif à un moment donné, c’est une loi de la nature considérée comme injuste contre laquelle s’est révoltée l’humanité moderne sachante, lui substituant une autre loi juridique non naturelle, la liberté. Mais cette substitution autorisée impose un devoir : celui de la responsabilité collective sur le plan systémique, mais celle-ci ne se décrète pas sauf par infantilisation, alors que la liberté fut décrétée par la loi comme un dû ; la responsabilité collective n’est qu’une propriété émergente de la mise en route des responsabilités individuelles acquises par éducation, enseignement et imitation de gens de confiance ; ce qu’on a oublié depuis trop longtemps pour le plus grand nombre dans notre monde évolutif. Parler vrai serait sans doute la meilleure stratégie pour éviter qu’il y ait trop de perdants rancuniers, sauf si l’objectif est de rester dans l’ancien monde anthropocentrique que la nature ne peut plus accepter. On se dirigerait alors vers des épidémies à répétition…

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Dr Yves Adenis-Lamarre, Bordeaux (Gironde)

Source : Le Généraliste