Courrier des lecteurs - « Quelle détresse de mourir dans un contexte hospitalier angoissant… »

Courrier des lecteurs« Quelle détresse de mourir dans un contexte hospitalier angoissant… »

28.02.2020

« S’il est normal de disposer de médicaments utiles à domicile aux soins palliatifs, il est autre chose de les utiliser à tort ou à travers », expliquait dans un courrier adressé au Généraliste (n° 2897) le Dr Jean-Jacques Saunier, généraliste et titulaire d’un DU de soins palliatifs. Cette semaine, le Dr Philippe Herbert lui répond.

Récemment retraité après 40 ans d’exercice, je fais partie du millier de signataires de la pétition en soutien à Dr Méheut-Ferron, mis en examen pour avoir provoqué la mort de patients sans intention de la donner en leur administrant du midazolam, et sa femme qui lui a fourni le produit. L’euthanasie est un sujet grave, et une certaine hypocrisie est intolérable.

Quel est le médecin libéral qui peut dire qu’il n’a pas, un jour, demandé à une connaissance hospitalière (confrère, infirmière) de le dépanner pour sa trousse d’urgence ? – ce qui constitue donc un détournement de produit hospitalier. Quel est le médecin généraliste ayant accompagné de nombreux patients en fin de vie qui n’a jamais agi, en son âme et conscience et en respectant le malade et tous ses proches, pour emmener plus sereinement vers sa dernière demeure un patient en ne respectant pas forcément les prescriptions du Vidal ?

J’ai souvenir qu’en fin d’études médicales, on appliquait un protocole LPD (Largactil-Phénergan-Dolosal). Je suis de la vieille école, mais il s’agissait bien d’« aider les patients à partir ».

Je trouve vos propos (« il est autre chose de les utiliser à tort ou à travers ») durs. J’ai connu la période de transition où les fins de vie n’étaient plus assumées par les proches à domicile et se déroulaient pour la majorité en milieu hospitalier (ce n’est pas une critique mais un constat). Je vous assure que ces fins de vie à domicile se passaient sereinement, avec un entourage présent et courageux. Quelle détresse de mourir dans un contexte hospitalier lourd et angoissant. Je ne comprends pas pourquoi vous estimez qu’à domicile et en libéral, tout cela n’est que très exceptionnellement faisable et raisonnable. Il semble d’ailleurs que, vu le marasme hospitalier, certains établissements fassent sortir des malades pour lesquels il n’y a plus d’espoir et qui engendrent un « surcoût » hospitalier.

J’ai donc été révolté de voir un procureur mettre sur la paille un couple de médecins. Que ce couple n’ait pas eu la possibilité d’exercer pendant l’enquête judiciaire me semble abusif. Quant à faire déterrer des cadavres… Je ne peux que souhaiter une fin de vie paisible (le plus tard possible) à ce procureur.

Priver des milliers de patients d’un médecin traitant – 5,4 millions de Français sont déjà dans ce cas –, et empêcher une anesthésiste d’aider ses collègues débordés, est lourd de conséquences.

J’ai une pensée pour George Steiner, écrivain et philosophe décédé il y a peu. L’euthanasie était une cause pour laquelle il était prêt à violer la loi.

Cette question mérite débats et législations dignes de notre temps.

Vous aussi, vous voulez réagir à l’actualité médicale ? Adressez-nous vos courriers accompagnés de vos nom, prénom et lieu d’exercice à redaction@legeneraliste.fr

Dr Philippe Herbert, généraliste retraité
Source : Le Généraliste n°2901

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