Edito - Apprendre à déléguer

EditoApprendre à déléguer

05.10.2018
  • Edito

    Apprendre à déléguer

Le gouvernement va supprimer le numerus clausus et réformer les études de santé. Mais cette mesure n’aura d’effet sur les effectifs que d’ici dix à quinze ans. D’ici-là, l’urgence est à une meilleure répartition des tâches entre les professionnels de santé, a réaffirmé Emmanuel Macron en présentant le plan santé. Après les infirmiers de pratique avancée (IPA) – les premières promotions en formation ont fait leur rentrée cette année – le gouvernement table sur la création d’assistants médicaux. 4 000 sont d’ores et déjà annoncés d’ici à la fin du quinquennat. Certains généralistes à l’avant-garde se sont déjà engagés dans cette voie, comme le montre notre reportage à Bréhan.

Les syndicats de médecins libéraux réclamaient des moyens pour financer ce nouveau métier qui doit permettre aux praticiens de dégager du temps médical. Les pouvoirs publics font le pari que les assistants et les IPA, ainsi qu’un exercice collectif organisé sur le territoire, permettront de faire reculer les déserts médicaux.

L’affaire est loin d’être gagnée. Sur le terrain, des médecins, déjà en recherche d’information lorsque le patient se déshabille, conçoivent mal de passer la main. Difficile de chambouler les habitudes et d’inclure de nouveaux acteurs dans le colloque singulier avec le patient. Déléguer ne s’improvise pas, cela s’apprend. La Cour des Comptes ne dit pas autre chose en encourageant les médecins à passer la vitesse supérieure dans la délégation aux paramédicaux et dans la coordination ville/hôpital (lire p. 12). Déjà la DGS et la Cnam shuntent le médecin traitant de la primo-prescription dans la vaccination anti-grippale.

L’enjeu est de taille pour un système de santé qui veut passer du curatif au préventif. Le temps médical gagné doit servir à soigner plus de patients mais aussi à renforcer les actions de dépistage et d’éducation thérapeutique. Cette réorganisation pourrait aussi – et on en parle moins – répondre au mal-être que connaissent les professions de santé depuis plusieurs années. Et si cette évolution permettait d’améliorer les conditions d’exercice des médecins ?

Christophe Gattuso, directeur de la rédaction
Source : Le Généraliste n°2846

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