Édito

À Tristan

Publié le 26/02/2021
Fac de Reims

Tristan avait intégré la faculté de Reims en 2017 comme interne de médecine générale.

Tristan avait 28 ans. Il allait exercer le plus beau métier du monde. Mais l’interne de Reims a brutalement mis fin à ses jours samedi. Comme trois de ses collègues depuis le début de l’année. Comme beaucoup d’autres avant eux.

Cette terrible nouvelle plonge dans l’affliction sa famille et ses camarades. Mais aujourd’hui peut-être plus qu’hier, ce nouveau drame met en colère les représentants d’internes qui se battent pour améliorer la reconnaissance et la prévention des risques psychosociaux.

Comme toujours en pareilles circonstances, il faut se garder d’avis trop péremptoires. Les causes des suicides sont souvent multifactorielles. Il n’empêche, les faits sont têtus. En 2021, en France, de nombreux médecins en formation continuent d’attenter à leur vie. Selon l’Isni, ils seraient 10 à 20 internes en médecine à mettre fin à leurs jours chaque année. Ayant ainsi trois fois plus de risques de mourir par suicide que les Français de leur âge. Tels les cordonniers les plus mal chaussés, les médecins ne parviennent pas à soigner ce mal profond.

Les récents plans en la matière, pilotés par Marisol Touraine puis Agnès Buzyn, n’ont malheureusement rien changé ou presque. Les internes travaillent souvent trop, bien au-delà des 48 heures hebdomadaires réglementaires. Ils se retrouvent régulièrement isolés, avec de lourdes responsabilités et soumis à d’importantes pressions d’une hiérarchie parfois maltraitante. Et ont la conviction, rabâchée par les anciens, qu’il leur faut passer par cette souffrance pour mériter d’être médecin.

Après ce nouveau drame, les syndicats d’internes ont tapé du poing sur la table. En novembre, ils alertaient encore sur les conséquences de la crise sanitaire sur l’état psychique des étudiants. Aujourd’hui, ils dénoncent le fait que les engagements pris il y a quatre ans pour sécuriser l’environnement des internes n’ont pas été tenus. Les futurs médecins comme leurs aînés vont mal. Le « chèque psy » promis aux jeunes par le gouvernement ne suffit pas. Il est temps d’ouvrir les yeux et de leur venir vraiment en aide. 

Christophe Gattuso, directeur de la rédaction

Source : Le Généraliste