Courrier des lecteurs

Urgences, aventures récentes

Publié le 06/04/2018

Milieu de matinée, salle d’attente pleine, madame le maire m’appelle : une femme est en train de se faire expulser de son logement. Je file voir cette personne qui est vraiment en détresse psychologique et décide de l’hospitaliser. Madame le maire fait un arrêté, moi le certificat légal et j’appelle le 15… Je mets 20 minutes à joindre un médecin qui, n’ayant pas de place au CHS, me dit de l’envoyer aux urgences. Il faut une heure avant que l’ambulance arrive…

Un vendredi matin, Madeleine, 70 ans et quelques, vient à vélo au bureau. Mon interne la voit seule. Elle vient me chercher afin que je fasse un ECG à Madeleine car elle a des douleurs thoraciques depuis 15 jours. L’ECG montre des images suspectes… Par précaution, nous l'envoyons par Internet à notre cardiologue qui confirme l’hospitalisation. Je m’isole dans le 2e bureau car la salle d’attente encore chargée, et demande aux patients de surveiller Madeleine qui veut rentrer chez elle à vélo ! Je mets plus de 20 minutes à avoir le 15 et quasiment autant à convaincre le médecin et la cardiologie de la prendre ! L’ambulance arrive au bout d’une heure ! Ça commence à faire beaucoup. Je pense à un célèbre urgentiste qui travaillait dans un journal satirique et estimait que nous, pauvres médecins de famille, étions quasiment des incapables (j’exagère un peu !)

Jeudi dernier, la fille d’Armel, 80 ans, m’appelle car son papa ne se sent pas trop bien. Je le prends tout de suite (ils habitent à 5 minutes). Nouvelle douleur thoracique, l'ECG montre des signes d’insuffisance coronarienne. TA stable et pas de trouble du rythme. Aspirine 500 et Trinitrine sublinguale, il va un peu mieux. J’explique la situation à sa fille (ASH à l’hôpital) : soit j’appelle le 15 et une ambulance viendra peut-être dans une heure, soit, Armel étant stable, ils filent aux urgences en voiture et en moins de 20 minutes, il sera aux urgences que je préviens par téléphone. Je pense TRÈS FORTEMENT au célèbre urgentiste… La fille emmène son père aux urgences où il est accueilli tout de suite, coronaro, stent et voilà notre Armel remis sur pied. Petit problème non résolu… Il va sans doute sortir sous BRILIQUE et TAHOR (ils ont enfin arrêté le CRESTOR !), COVERSIL… Il va falloir encore expliquer à la famille ce que sont les appels d’offres et les conflits d’intérêts.

Là je ne pense plus à notre célèbre urgentiste mais à un de mes prédécesseurs grand médecin de Famille, décédé bien trop jeune d’une maladie de Charcot. Ce médecin dévoué jour et nuit n’hésitait pas à mettre ses patients dans sa 4 CV pour les envoyer aux urgences…

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Dr Benoit Tanguy, « vieux » médecin de famille du Morbihan

Source : Le Généraliste: 2830