Edito

Urgence à agir

Publié le 18/05/2018
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L’affaire Naomi Musenga, jeune femme de 22 ans décédée fin décembre d’un infarctus après avoir été prise à la légère par une régulatrice du Samu de Strasbourg, est davantage qu’un drame isolé. Au-delà des responsabilités individuelles que la justice devra déterminer, cette affaire met en lumière la crise qui frappe les urgences françaises. Agnès Buzyn ne s’y est pas trompée. Elle a réuni lundi les principaux syndicats d’urgentistes, afin qu’il n’y ait « plus d’erreur de ce type » (lire p. 11). La ministre de la Santé annoncera des mesures rapides en juillet.

La faillite est globale. Les urgences n’ont jamais accueilli autant de Français (plus de 25 millions d’appels traités en 2016, en hausse de 17 % sur trois ans), les services sont souvent saturés avec beaucoup de patients qui n’ont rien à y faire. Il faudra plus qu’une meilleure formation des régulateurs et des garanties sur le respect des procédures pour inverser la tendance.

Devant les difficultés de patients à trouver un médecin traitant ou un praticien disponible, la question des soins non programmés se pose au premier plan. En attendant le rapport du député LREM de Charente Thomas Mesnier (lui-même médecin urgentiste), certains généralistes s’organisent déjà sur le terrain pour accueillir davantage de patients sans rendez-vous (lire notre dossier p. 8).

Il y a urgence à agir, c’est le message qu’adresse le Dr Patrick Bouet aux pouvoirs publics. Le président de l’Ordre des médecins sort de sa réserve et publie un ouvrage réquisitoire dans lequel il critique ouvertement le manque de réforme d’envergure en santé (lire p. 13). Il faut en finir avec les feuilles de route et les comités de pilotage pour faire enfin bouger les lignes, clame-t-il.

Urgence à agir, c’est enfin le devoir de la communauté médicale face aux facteurs de risque, différents selon le sexe des patients, comme l’illustre notre dossier spécial. L’Académie de médecine a d’ailleurs récemment recommandé de revoir la formation des professionnels de santé en « passant enfin d’une médecine indifférenciée à une médecine sexuée ».


Source : Le Généraliste: 2835