Si "Le Généraliste " était paru en 1899

Une fabrique de monstres à Londres

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Publié le 09/03/2017
Histoire

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Il a existé jadis à Londres un individu qui s'était fait fabricant de phénomènes. Au moyen de vivisections, suivies de " greffes " animales, il parvenait, dit-on, à transformer un animal ordinaire en une sorte de monstre. Chez lui s'approvisionnaient les directeurs des Musées de foires. Cet individu, nommé Sheard, et qui se qualifiait " professeur ", faisait aussi le phénomène humain. Mais, alors, il se contentait de produire des squelettes ou de soi-disant moulages.

C'est ainsi qu'il montrait dans son atelier le petit noir à deux têtes et quatre bras, la tête de la femme à corne de chèvre, l'enfant à double face, l'enfant cyclope. Ce sont là les monstres que l'on a vus dans les musées forains. Sheard avait également reproduit pour les Musées anatomiques de Londres le corps de ce monstre double qui naquit à Oxford il y a une trentaine d'années et dont parla le " Journal des Savants ". Ce monstre, du sexe féminin, avait deux têtes diamétralement opposées, quatre bras complets, un seul buste et deux jambes. Il reçut deux noms. L'une des deux têtes s'appelait Marthe, l'autre Mary. Marthe mourut la première, et Mary un quart d'heure après.


Un cas non moins curieux est cet autre monstre qui avait deux têtes distinctes et superposées. L'une occupait la place et la position normales, l'autre était renversée sur la première et reposait sur le sommet. Ce phénomène vécut jusqu'à l'âge de quatre ans.
Le dit "professeur Sheard ", questionné sur le point de savoir s'il pourrait fabriquer des monstres vivants, répondit un jour avec un parfait sérieux que " ce ne serait pas impossible ! " "Certains faits à ma connaissance, dit-il, me donnent la conviction que le problème n'a rien d'insoluble ; malheureusement, les résultats seraient toujours incertains, et l'on ne manquerait pas de stigmatiser une telle industrie comme criminelle ; aussi, je préfère m'en tenir aux reproductions plastiques. " Ce professeur avait raison.

( " La Gazette médicale de Paris ", 1899 ")


Source : legeneraliste.fr