Si « Le Généraliste » était paru en janvier 1905...

Un médecin auteur de l’Ancien Testament ?

Publié le 15/01/2015

Que restera-t-il bientôt de nos illusions sur la Bible ? Après avoir démontré qu’Homère n’avait jamais existé, que Jésus-Christ avait rapporté le christianisme d’Inde, que va-t-on encore démontrer ?

Une nouvelle sensationnelle nous arrive en effet en droite ligne du congrès de Bâle. Le Pr Haupt a émis une opinion bien curieuse selon laquelle un médecin aurait contribué à la confection de la Bible ! Voilà certes un évadé de la médecine appelé à faire parler de lui.

Le Kohelet, le livre qu’on s’accorde à considérer comme le plus récent de l’Ancien Testament, serait l’œuvre d’un médecin saducéen, chef de l’école de Jérusalem. Le Kohelet, œuvre d’un confrère ! Bientôt ne découvrira-t-on pas que Jésus était non pas charpentier mais masseur, partisan de la rénovation des morts, comme la sorcière de Versailles qui fit récemment tant parler d’elle, et Saint Paul, l’ami de Sénèque et du rabbi Gamaliel, ne serait-il pas donné comme ayant été le premier opérateur de la cataracte sur lui-même ?

Renan n’avait-il pas prétendu que Jésus fit de la médecine illégale par force ? En ces temps anciens, guérir était encore le meilleur moyen de propager la foi. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. La microbiologie démontre que le miracle de l’hostie sanglante est dû à un microbe; que les saints sont des neurasthéniques et les saintes des hystériques; que les miracles de Lourdes sont affaire de simple suggestion. Autre temps, autres mœurs ! Peut-être arrivera-t-on à démontrer que la résurrection est une opération dont nous n’avons seulement qu’égaré la recette, et que M. Metchnikoff a raison de nier que la vieillesse soit une loi sévissant sur la pauvre humanité.

Il n’en reste pas moins acquis pour M. Haupt, qui s’y connaît, qu’une partie des Saintes Ecritures est due à un médicastre. Je n’ose demander aux lecteurs versés dans les sciences liturgiques des détails sur la vie et les travaux de ce médecin, dont M. le Pr Haupt oublie même de nous donner le nom. En tout cas, c’est un saint homme de plmus dans notre paradis de libres penseurs médicaux. Il y aura, de la sorte, compensation.

Article signé du Dr Mathot dans la « Chronique médicale », janvier 1905

Source : legeneraliste.fr