Edito

Soin de vous

Publié le 16/02/2018
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Agnès Buzyn a annoncé qu’elle rencontrerait rapidement les étudiants et internes en médecine, après une lettre ouverte dénonçant une « trop longue série » de suicides. « Madame la Ministre, nous avons perdu l’espoir d’être heureux dans notre rôle de soignant », lui ont écrit les responsables de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) après le suicide d’une consœur de 26 ans. Depuis un an, une dizaine de futurs médecins se seraient donné la mort. Une situation alarmante, au point qu’Agnès Buzyn commandite un rapport sur la santé au travail des internes auprès du Dr Donata Marra, psychiatre à l’AP-HP.

Toute la profession va mal : 25 % des médecins déclarent ainsi avoir eu des pensées suicidaires d’origine professionnelle (totalement ou en partie), selon une enquête SPS (association Soins aux professionnels de santé) de décembre 2017. Le Premier ministre a reconnu cette crise, mardi, lors de la présentation de sa stratégie pour transformer le système de santé. « J’ai vu des personnels épuisés, à l’hôpital mais aussi en ville. Je pense notamment aux généralistes. Fatigués physiquement, psychologiquement et moralement. Au point de se demander, parfois, pourquoi ils avaient choisi ce métier. Or, une vocation comme celle-là qui se décourage, c’est le signe d’un malaise. »

Cela fait pourtant quelques années que le diagnostic est posé, et des premiers traitements apportés. Les langues se déliant autour du burn-out et des risques psychosociaux, plusieurs enquêtes sur la santé mentale des carabins ont été menées. Désormais, tous les professionnels de santé en détresse sont invités à exprimer leur mal-être. En un an, plus de 2 000 se sont tournés vers l’association SPS. Les praticiens sont aussi spécifiquement encouragés à prendre mieux soin d’eux. Avec la campagne “Dis doc, t’as ton doc ?”, le ministère les a incités à avoir un médecin traitant.

Cela ne suffit pas, et dans leur lettre, les internes appellent à un changement complet de mentalité. « Non, il n’est pas nécessaire de souffrir pour être un bon soignant », clament-ils. Cette révolution culturelle doit passer selon eux par la formation des acteurs de santé pour repérer les signes de mal-être et jouer le rôle de sentinelles.


Source : Le Généraliste: 2823