Epidémiologie

Sida: Espoirs sur la prévention à Rome

Publié le 15/07/2011
Quelques 5000 chercheurs se donnent rendez-vous à Rome du 17 au 20 juillet pour la «6ème conférence de l'IAS sur la pathogenèse du VIH, le traitement et la prévention». Cette conférence internationale sera l’occasion d’évoquer les résultats très encourageants des études révélées ces derniers mois concernant l’utilisation prophylaxique des antirétroviraux.

Crédit photo : SPL/PHANIE

Trente ans après la mise en évidence du virus du sida, des chercheurs de 190 pays se retrouvent à partir de dimanche à Rome avec de réelles perspectives permettant de contrôler l'épidémie. L'optimisme prédomine en effet à la veille de l'ouverture de la «6ème conférence de l'IAS sur la pathogenèse du VIH, le traitement et la prévention». Les quelque 5.000 chercheurs et professionnels de la santé auront l'occasion, du 17 au 20 juillet, de détailler la cascade de résultats positifs sur l'utilisation des antirétroviraux (ARV) comme outil préventif, dont les premiers ont été révélés en 2010 et les derniers ont été publiés mercredi dernier. Selon ces études, deux cas se présentent: soit les ARV sont pris très tôt par une personne infectée, qui alors n'infecterait pas son partenaire (une étude donne 96% de baisse du risque d'infection), soit leur utilisation par une personne immune du virus (sous forme de gel ou de comprimé) la protègerait de l'infection de son partenaire, aussi bien dans les couples homosexuels qu'hétérosexuels.

En mai dernier, une étude américaine avait déjà la preuve de l’utilité d’une prophylaxie pré-exposition en administrant le plus tôt possible des antirétroviraux aux patients séropositifs. Cette étude menée auprès de 1 763 couples a été saluée par les experts du monde entier comme une piste sérieuse pouvant considérablement réduire la transmission du Sida. La stratégie «Test and Treat», qui envisage de tester les personnes le plus tôt possible et le cas échéant de les traiter aussitôt, sera donc en vedette à Rome ce week-end : car pour empêcher de transmettre la maladie, il faut savoir qu'on en est atteint. Or dans le monde, seulement la moitié des 33 millions de personnes séropositives savent qu'elles sont infectées.

Nombre de questions, cependant, restent ouvertes. A commencer par les effets secondaires de traitement lours que l’on hésite à faire subir à des gens en bonne santé. La question est aussi de savoir comment financer des traitements pour eux, alors qu'un tiers seulement des gens atteints dans les pays pauvres ont accès à des médicaments qui représentent pour eux une nécessité vitale ?

Les discussions de Rome ne pourront donc faire abstration du contexte politique international. A commencer par l’engagement des pays riches pris début juin lors d’un sommet de l’ONU de fournir un traitement à tous les séropositifs dans les pays pauvres, soit 15 millions de personnes d'ici 2015. Une intention qui a été saluée par les ONG Act Up Paris, Aides et MSF, même s’il reste aux pays donateurs à se mettre d'accord sur les financements. Plus de 6 millions de personnes reçoivent actuellement un traitement pour lutter contre le sida et le VIH dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Mais plus de neuf millions de personnes n'ont aucun traitement et quelque 1,8 million de personnes meurent encore du sida chaque année.

Enfin, la baisse des coûts et la généralisation des médicaments génériques est l'une des préoccupations des pays pauvres pour faire face à la pandémie. Le coût annuel du traitement du VIH et du sida a chuté dans des proportions considérables grâce aux génériques. Le coût annuel par patient était d'environ 10.000 dollars en 2001 mais n'est plus que de 67 dollars. La semaine dernière Unitaid a d’ailleurs signé avec le laboratoire américain Gilead un premier accord de licence pour favoriser la vente à bas prix d’antirétroviraux.

Paul Bretagne

Source : legeneraliste.fr