Si Le Généraliste était paru en… 1910

Publié le 03/06/2010

Hommage à un martyr

Le Dr Mourgues vient de mourir à Nîmes, nouvelle victime de notre profession. Bien qu’ayant une légère égratignure à la main droite, il n’hésita pas à opérer un abcès dont était atteint un de ses clients. Un peu de pus rejaillit sur la plaie, notre confrère continua son opération.

Quand celle-ci fut achevée, le Dr Mourgues employa les antiseptiques d’usage, mais il n’était plus temps. le mal s’était propagé avec une rapidité effrayante et malgré l’intervention d’un chirurgien, M. Mourgues succombait dans d’atroces souffrances.

L’homme n’est que poussière…

... Comme l’a dit la Bible. Mais, qu’est-ce que cette poussière ? Un savant qui l’a analysée déclare dans le « Royal Magazine » qu’elle est constituée des mêmes éléments qui composent l’œuf de poule et que mille œufs, au regard du chimiste équivalent très exactement à un homme de taille moyenne. Il y a en chacun de nous assez d’oxygène, d’hydrogène et d’acide carbonique pour gonfler un ballon qui serait de taille à nous élever dans l’air ou pour illuminer toute une soirée une rue de 500 mètres, car le plus obscur d’entre nous renferme, sans qu’il s’en doute, plus de 10 francs de gaz d’éclairage. Avec le carbone contenu dans notre corps et transformé en graphite, on fabriquerait 65 grosses, autrement dit 760 douzaines de crayons. Le collaborateur du Royal Magazine assure qu’un de ses amis, amputé d’un membre, n’écrit depuis l’opération qu’avec son ancienne jambe. Du fer, dont se colore notre sang, on forgerait sept clous à chevaux. Nous contenons 600 grammes de phosphore, quantité suffisante pour imprégner 820 000 allumettes ou empoisonner 500 hommes et six kilos de matières grasses dont on ferait une soixantaine d’excellentes chandelles. Enfin, le sel de cuisine, qui nous donne la sagesse, remplirait 20 cuillères à café… Donc, nous sommes poussière, mais cette poussière n’est pas si méprisable. Il y a dans le pire ivrogne ou le plus néfaste raseur un dirigeable, des becs Auer, des allumettes, des crayons et des chandelles. L’homme vaut mieux qu’on ne croit.


Source : legeneraliste.fr