Nutrition

Régime sec contre l’obésité

Publié le 29/12/2011
L’année 2011 a été riche dans la lutte contre l’obésité, avec, pour la première fois, un PNNS assorti d’un Plan Obésité, et de nouvelles recommandations de la HAS qui rejettent les régimes et les médicaments contre l’obésité. La HAS n’est pas seule à mener la vie dure aux médicaments et aux régimes : l’Afssaps a lancé des alertes sur l’Orlistat et l’Anses* sur les risques des régimes et de l’achat de médicaments sur internet. Le tout, sur un fond d’affaire Mediator... Commentaires du Pr Arnaud Basdevant, chef du service de nutrition à la Pitié à Paris, et responsable du Plan Obésité.

Crédit photo : ©DR

Que retenir de l'année 2011 ?

Pr Arnaud Basdevant. L'année a été dominée par la question du Mediator, qui pose le problème de l’identification de la nature pharmacologique des molécules utilisées et de leurs effets secondaires, et celle du respect des indications et contre-indications des médicaments utilisés dans le traitement de l'obésité. L'Anses a d’ailleurs lancé des alertes inédites sur les risques des régimes et des médicaments, notamment ceux accessibles sur Internet, et de l'utilisation dérivée de certains médicaments, par exemple des antiépileptiques.

Pour quelles raisons le plan obésité a-t-il été mis en place ?

Pr A. B. D'abord à cause de la progression régulière de l'obésité - surtout de ses formes les plus graves - qui contribue aux inégalités de santé. Ensuite parce que celle-ci participe au développement de maladies chroniques : diabète, maladies cardio-respiratoires, atteintes articulaires, et certains cancers. Enfin, parce que la chaîne des soins concernant l'obésité n'est pas structurée ni lisible et nécessite d’être améliorée.

Le Plan obésité comprend 4 axes principaux : l'organisation des soins, la prévention, l'intérêt pour les personnes vulnérables et la recherche. Il a pour mission d’amplifier pour trois ans l'une des thématiques du PNNS. Les deux plans sont étroitement liés.

Comment améliorer l'organisation des soins face à l'obésité ?

Pr A. B. Les patients, bien souvent, ne savent pas à qui s'adresser. La réponse est claire : à leur médecin traitant. Notre objectif est de faciliter cet accès au premier recours et de préciser les priorités du bilan et de la prise en charge. Les recommandations de la HAS parues en septembre fournissent des éléments concrets pour la pratique clinique. Le Plan obésité s'attache aussi à mettre en place une animation régionale de la prise en charge. Des centres spécialisés devront s’impliquer pour une meilleure collaboration entre les différents niveaux de prise en charge : premier recours, spécialistes, soins de suite et réadaptation, associations de patients. Des appels d’offres ont été lancés dans chaque ARS, et ces centres devraient être identifiés en janvier 2012.

Quelles sont les populations vulnérables identifiées par le Plan obésité

 ?

Pr A. B. Il s'agit des personnes en institution, psychiatrique ou de handicap ; de celles dont l'obésité est associée à des maladies génétiques (en particulier lors du passage de l'adolescence à l'âge adulte) ; et des populations en précarité sociale. Une attention particulière est portée à l’Outre-Mer, où les chiffres de prévalence d’obésité sont préoccupants. Les résultats d'une analyse concernant à la fois la prise en charge médicale et l'offre alimentaire seront connus dans quelques mois, et permettront de situer les leviers sur lesquels agir.

Quels sont les axes de recherche explorés ?

Pr A. B. La recherche sur l'obésité est très vive et les équipes françaises sont à la pointe sur ce sujet. Bien entendu les dimensions biologiques, génétiques, nutritionnelles et d’activité physique sont dominantes mais d'autres émergent. Entre autres, les déterminants environnementaux (espaces d’activité et de vie), les facteurs non caloriques (stress, polluants, certains virus et médicaments, troubles du sommeil), et l’interface milieu extérieur/milieu intérieur, notamment la flore intestinale. Enfin, la production par le tissu adipeux de substances telles que les cytokines pourrait expliquer diverses complications comme le diabète, les atteintes hépatiques ou articulaires.

*Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail
Fabienne Rigal

Source : legeneraliste.fr