Courrier des lecteurs

Quand les spés s’improvisent génés

Publié le 27/09/2018

Madame la Ministre, Chère Consœur,

Je sollicite votre attention sur la difficulté croissante que je rencontre pour exercer mon activité professionnelle en tant que médecin généraliste libéral, installé en périphérie de Chambéry.

Les délais pour obtenir un avis spécialisé ou une imagerie, au terme d’un bilan, d’un examen sémiologique et malgré une argumentation basée sur la clinique, sont aujourd’hui si longs que cela peut faire encourir un risque à mes patients.

Ces difficultés sont encore plus criantes avec nos confrères hospitaliers (hôpital, clinique), inaccessibles, au planning rempli un semestre à l’avance, alors que leur nombre ne cesse d’augmenter d’année en année.

Une des causes de la saturation des agendas de nos confrères spécialistes est qu’ils s’essaient à l’art de la médecine générale, souvent au prix d’une surmédicalisation coûteuse. Le suivi de certaines pathologies incombe aussi au médecin traitant, d’autant qu’il est souvent à l’initiative du diagnostic.

En même temps, les portes des urgences restent grandes ouvertes ! Des examens complémentaires, des bilans pléthoriques et injustifiés sont demandés et exécutés ispo facto.

Ainsi le respect du parcours de soins, garant d’un recours rationnel aux spécialistes, est mis à mal.

J’ai connu une époque où, avec beaucoup moins d’acteurs de santé mais tout autant de vrais malades, les médecins libéraux et hospitaliers se parlaient, se connaissaient, se faisaient confiance et où chacun restait à la place qu’il devait tenir, élément indispensable pour une bonne complémentarité au bénéfice du malade. J’ai connu une époque où notre interlocuteur était un médecin et non pas une secrétaire, une époque où notre voix portait, était prise en considération et respectée, une époque où le médecin spécialiste avait conscience qu’il n’était pas un médecin généraliste, une époque où l'on était soucieux d’optimiser les soins apportés à nos patients.

Dans le contexte actuel, j’estime ne plus avoir les moyens nécessaires pour prendre en charge mes patients de façon satisfaisante et sécurisée.

Qu’adviendrait-il de ma responsabilité si l’état de santé de mon patient se détériore avant même le rendez-vous auprès du confrère spécialiste ?

Donnons-nous les moyens pour que le médecin traitant, comme il est stipulé depuis longtemps, soit le médecin de premier recours et le médecin coordinateur lors de la prise en charge des pathologies chroniques. Cela permettra de vider les urgences au bénéfice des seules urgences absolues ou relatives et d’épurer les plannings des médecins spécialistes au profit des cas les plus complexes et les plus préoccupants.

Vous aussi, vous voulez réagir à l’actualité médicale ? Adressez-nous vos courriers accompagnés de vos nom, prénom et lieu d’exercice à redaction@legeneraliste.fr

Docteur Philippe Michellier, Saint-Alban-Leysse (Savoie)

Source : Le Généraliste: 2845