Coronavirus

Pourquoi le Covid-19 n’est pas une « grippette »

Publié le 20/03/2020
Pourquoi le Covid-19 n’est pas une « grippette »

Coronavirus
SPL/PHANIE

Initialement perçue par beaucoup comme une « mauvaise grippe », l’épidémie de Covid-19 est désormais considérée avec davantage d’attention et d’inquiétudes par les scientifiques comme par les politiques. Un tournant induit notamment par l’observation de formes graves et de décès chez des sujets plus jeunes et sans antécédents lourds.

Confinement renforcé sur l’ensemble du territoire, mobilisation de l’armée… Depuis une semaine, le gouvernement utilise la méthode forte pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 désormais en stade 3 en France. Faut-il y voir de « simples » mesures de prévention visant à atténuer la vague épidémique pour préserver au maximum le système de soin ? Ou doit-on comprendre que ce nouveau coronavirus pourrait finalement être plus grave qu’anticipé initialement ?

Plutôt rassurantes au début, la communauté scientifique et les autorités sanitaires ont peu à peu changé de ton. Si « 80 à 85 % des formes restent bénignes, ce virus n'est pas une grippette. Il peut donner des formes graves sur des personnes pas si âgées que ça », a alerté la semaine dernière le Pr Jérôme Salomon, directeur général de la Santé.

Une mortalité plus élevée et plus précoce que la grippe

Globalement les données publiées par les CDC chinois fin février et faisant état d’une maladie bénigne dans 80,9 % des cas, grave dans 13,8 % des cas et critique dans 4,7 % des cas, avec une mortalité de l’ordre de 2,5 %, semblent se confirmer en Europe. De même, tout le monde s’accorde désormais sur le fait que les patients âgés de plus de 70 ans et/ou présentant certaines comorbidités sont plus à risque de formes graves (lire encadré ci-dessous).

Mais ce qui semble inquiéter, c’est que l’on commence aussi à observer des formes sévères et des décès chez des patients plus jeunes et sans antécédents lourds. « Par rapport à la grippe qui tue essentiellement des personnes très âgées (plus de 85 ans, NDLR) et très fragiles, on voit bien que si la mortalité du Covid-19 est faible chez le jeune adulte, elle augmente de manière plus précoce avec l’âge (1,3 % entre 50 et 60 ans, NDLR) et qu’il existe des formes graves y compris chez des patients présentant des comorbidités mineures, souligne le Dr Daniel Lévy-Bruhl, responsable de l’unité Infections respiratoires et vaccination à Santé publique France. C’est pour cela que cette épidémie est singulière et justifie la mobilisation actuelle. »

« Au-delà de 20 ans, on observe des décès à tout âge », appuie le Pr Bruno Lina, virologue et membre du Conseil scientifique Covid-19.

En France, sur les 175 décès recensés en date du 17 mars, 7 % concernaient des sujets de moins de 65 ans tandis qu’un patient sur deux en réanimation aurait moins de 60 ans. Par comparaison, pour la grippe, Santé publique France fait état de 88 décès en réanimation depuis le début de l’épidémie.

Qu’en est-il alors des fameux « 10 000 décès dus chaque année à la grippe » avancés à plusieurs reprises pour relativiser l’impact du coronavirus ? En fait, « pour la grippe, il y a une énorme partie de la mortalité qui n’est pas directement liée au virus mais plutôt à l’impact indirect de l’infection grippale, soit par surinfection soit par décompensation de maladie chronique », explique Daniel Lévy-Bruhl. Cette mortalité induite (ou attribuable) est calculée a posteriori et vient s’ajouter au nombre de décès directement imputables au virus. En sera-t-il de même pour le Covid-19 ? S’il est encore trop tôt pour répondre, le Pr Bruno Lina n’exclut pas cette éventualité. 

Quoi qu’il en soit, même si elle reste faible par rapport à celle d’autres coronavirus émergeant comme le SRAS ou le MERS, la létalité du Sars-CoV-2 serait environ 10 fois plus élevée que celle de la grippe. Par ailleurs, avec un taux de reproduction R0 proche de 2.5, « son potentiel de transmission est plus important que celui de la grippe, souligne Daniel Lévy-Bruhl, avec de plus en plus de données qui plaident pour une contagiosité avant le début des signes, ce qui complique les choses ».

Ainsi, « le virus circule et on voit qu’il est agressif », résume le Pr Lina qui juge la situation « sérieuse ».

Une interaction forte avec le système immunitaire 

Comment expliquer ce pouvoir pathogène particulier ? « Cela est probablement lié à des facteurs intrinsèques au virus qui interagissent de façon très forte avec notre système immunitaire », avance le Pr Lina. 5 à 7 jours après le début des symptômes, le virus entraînerait une réponse immunitaire avec un syndrome inflammatoire responsable de l’atteinte respiratoire. Chez certains patients, cette étape dure quelques jours puis le patient guérit. Chez d’autres, on observe un emballement du phénomène avec, une charge virale qui reste très élevée et l'apparition d' un syndrome inflammatoire extrêmement important et délétère impliqué dans les formes graves.

Certains médicaments ont aussi été incriminés. Dès le début de l’épidémie chinoise, les corticoïdes ont été suspectés d’aggraver les choses. Plus récemment, le ministre de la Santé et l’OMS ont alerté sur les risques potentiels des AINS tels l’ibuprofène. Le Lancet a aussi pointé du doigt certains antihypertenseurs comme les ARA2 ou les IEC. Mais « cette spéculation n'a pas de base scientifique solide », dénonce la Société européenne de cardiologie, qui appelle les patients à ne pas arrêter leur traitement.

Pas de souche L plus virulente 

Autre source d’inquiétude : selon une publication chinoise parue dans la National Science Review, deux souches distinctes du SARS-CoV-2 co-circuleraient, dont une souche L plus virulente. « Il y a effectivement deux variants qui ont été identifiés et qui circulent, mais cela est normal et attendu et il n’y a aucune donnée en faveur d’une virulence différente», rassure Daniel Lévy-Bruhl. « Cela relève du fantasme basé sur une publication qui est aujourd’hui contestée par l’ensemble de la communauté scientifique, appuie le Pr Lina. Au contraire, on est plutôt dans une phase où le virus qui va circuler deviendra de moins en moins virulent, car c’est comme ça qu’évoluent les épidémies ». 

Pour autant, faut-il craindre une deuxième vague comme l’a laissé entendre le président de la République lors de sa première allocution ? « On ne sait pas, répond Daniel Levy Bruhl, mais ce qu’on peut dire, c’est que plus les pays vont être capables de mettre en place des mesures extrêmement drastiques pour limiter la vague épidémique actuelle, plus le risque de rebond au moment où on va lever ces mesures augmente ».

Tant qu’une certaine proportion de la population ne sera pas immunisée, l’épidémie n’a peut-être pas dit son dernier mot…

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