Si « Le Généraliste » était paru en 1911

Pott, la science et la clientèle

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Publié le 13/02/2017
Histoire

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Les plus éminents médecins ont connu la gêne pour s’être montré plus férus de savoir que de savoir-faire. Tel fut, paraît-il, le cas du fameux chirurgien Pott. Un jour, ce dernier rencontre sur les bords de la Tamise un de ses anciens valets. L’homme était en superbe équipage ; souriant, il aborde son ancien maître qui, l’ayant complimenté, ne lui cacha pas sa surprise :

- Par quel hasard, êtes-vous si rapidement parvenu à la fortune ?

- Par un moyen très simple, répond l’autre, en pratiquant le métier dont vous m’avez vous-même montré l’exemple. La médecine me fournit des rentes de grand seigneur.

Et comme Pott, ahuri, se demandait par quel miracle une profession qui le nourrissait chichement, lui, le vieux savant universellement réputé, pouvait, en un tour de main enrichir son valet, ce dernier lui fournit d’un trait la clef du paradoxe.

- Voici, Maître, le pont de Londres et les quais de la Tamise. À combien estimez-vous le nombre de personnes actuellement sous nos yeux.

- Sept à huit mille peut-être ?

- Combien, à votre avis, y a-t-il, parmi ces huit mille sujets de personnes réellement intelligentes ?

Le chirurgien, pensif, hésitait :

- Bien peu, dit-il, une centaine peut-être.

- Tout au plus, répondit son ironique partenaire. Eh bien, ces cent personnes font partie de votre clientèle. Les 7 900 imbéciles qui restent font partie de la mienne. Donc, nécessairement, mon cabinet est plus achalandé que le vôtre…

(« La Gazette médicale de Paris », 8 janvier 1913)

 


Source : legeneraliste.fr