Courrier des lecteurs

Placebo, homéopathie et communication

Publié le 18/10/2019

La vieille médecine est à mettre au placard : tel est un des leitmotivs que l’on entend régulièrement. La médecine par les preuves est la seule qui a droit de cité, dogme seul pris en compte pour un remboursement par la société. Si les gens étaient autrefois contents de leur médecin, alors qu’il n’y avait pas de molécules actives, c’était seulement par illusion, par effet placebo ; 30 % quand même. Ils utilisaient le saule blanc ou la spirée ulmaire ? Grosse rigolade ! Sauf que ces ignares de vieux médecins savaient observer. Ils avaient remarqué que salix alba & spirea ulmaria agissaient sur la fièvre et les douleurs, sans savoir pourquoi, ou avec des explications farfelues. Le colchique agissait sur la goutte, car le bulbe du colchique ressemblait à une goutte. 75 % des Français avouent avoir utilisé l’homéopathie avec satisfaction ; fichtre, ce n'est par rien ! Certains homéopathes disent obtenir des résultats étonnants ; grosse rigolade ! Moi j’ai vu des cicatrices abominables séquellaires de la médecine officielle, mais aussi le résultat de traitements farfelus qui font disparaître en trois coups de cuillère à pot, et sans séquelles, dans la même indication, des verrues présentes depuis des lustres. « Joker » ! Ça ne compte pas ! Tout le monde sait que le psychisme est un facteur important dans les verrues ! Sauf que la cause première est bien virale et non psychologique ; et que sait-on vraiment du fonctionnement du psychologique ? Un traitement bidon fait disparaître les lésions anatomiques des verrues, mais ça ne compte pas. Et pourquoi des traitements dits « bidon » ne pourraient pas marcher dans d’autres maladies ? Nos savants répétiteurs, gardiens du temple, eux savent ! Moi, non, mais j’observe.

Effectivement, la chimie du granule homéopathique ne passe pas le filtre de la médecine par les preuves, il n’y a rien à redire à cela. Du granule placebo on généralise à la méthode homéopathique, elle ne vaut donc rien, le diplôme va être supprimé, bon débarras de cette médecine d’un autre temps qui fait verrue dans le paysage de la meilleure médecine du monde.

Notre monde évolue de par des interactions qui se produisent en son sein ; depuis deux particules élémentaires, jusqu’aux interactions des plus hautes sphères de nos éminences grises entre elles-mêmes ou celles d’un autre, en passant aussi par les interactions – dans les deux sens - physiques et psychiques. Pourquoi le dogme de deux mondes indépendants en un même lieu ? Et donc sans interactions ! Des études en laboratoire, pas seulement récentes, remettent à l’ordre du jour l’efficacité réelle (via des constats objectifs) de l’objet placebo ; alors que l’on commence à parler de coprescription, substance active – placebo, pour diminuer les doses prescrites de la substance active et diminuer l’iatrogénie, pour une efficacité équivalente, ici en France, on décrète le déremboursement de l’homéopathie qui vient consacrer l’inverse, à savoir l’idée que la prescription d’un placebo est un traitement d’escrocs, au mieux d’illuminés, qu’il faut faire disparaître au plus vite. Il serait bien de mieux comprendre ce qu’est « l’effet placebo ». On a raté le virage informatique nous rendant maintenant dépendant, on va rater le virage de l’exploitation du phénomène placebo, alors qu’on avait un outil en or pour l’explorer. Car aujourd’hui, on n’a pas fait seulement le procès du sucre en poudre, on a fait le procès d’une partie mystérieuse de la médecine, partie gênante puisque hors des preuves actuelles, puisqu’on n’en connaît presque rien : le phénomène placebo.

Quand on teste un médicament, on teste les interactions/communications avec la substance active, mais aussi avec des milliers d’objets de communication non contrôlables : couleur, forme et goût d’une pilule, mais pas seulement. Aussi l’empathie du prescripteur, la forme de son nez, de ses lunettes, le rangement de son bureau, le confort de sa salle d’attente, l’heure de la prescription, le temps qu’il fait… Je me souviens d’une patiente qui avait quitté ma salle d’attente avant son tour. Quand je l’ai revu, j’ai demandé des explications… « Quand je vous ai vu, j’ai pensé à ce que vous alliez me dire, mes douleurs ont disparu, alors je n'ai pas voulu vous faire perdre du temps, je suis partie. » Et moi, j’ai perdu les revenus d’une consultation de par une communication non verbale à mon insu ! Il existe de très bonnes communications, et de très mauvaises, en fonction de chaque patient. On mélange le tout, on secoue correctement (succussion ?), et l’on obtient l’ombre d’un objet inconnu, qu’on appelle « l’effet placebo » qui se manifeste sous forme d’une valeur statistique, 30 %, ramené à rien dans les essais thérapeutiques pour valider la substance étudiée. Les milliers de communications étant différentes d’un essai à un autre, certaines étant meilleures que d’autres, il n’est pas étonnant que les résultats soient différents d’un essai à un autre.

On dit que l’homéopathie n’a pas plus d’efficacité que l’effet placebo : y a-t-il des études sérieuses pour l’affirmer ? Pas plus que des études qui prouvent que deux granules différents ont des pouvoirs différents dans une même indication. Les homéopathes se trompent très certainement en gardant le mécanisme d’action imaginé par Hahnemann et mis au goût avant-gardiste par Benveniste. Mais alors que la science a cherché ce qu’il y avait d’efficace dans le salix alba (je suppose qu’une tisane de cette plante doit bien soulager, non ?), on prend les 75 % de français qui sont contents de l’homéopathie pour des névropathes, dont on rigole le dos tourné, au lieu de chercher ce qui peut être efficace dans cette méthode thérapeutique. Sauf à dire que c’est peut-être du conditionnement pavlovien associé à un effet anticipatoire au niveau des sécrétions de neurotransmetteurs, ce qui n’est quand même pas rien. Mais on ne sait absolument pas manipuler cet objet, autant dire qu’on ne sait rien sur lui.

De toute évidence, (enfin pour moi) l’homéopathie n’est rien d’autre qu’une action ciblée de communication à visée psychologico-organique, cela en comparant la pratique de thérapie comportementale que j’ai eue, avec l’interrogatoire de patients qui avaient reçu de l’homéopathie par un tiers. Et si l’homéopathie obtient des résultats, c’est qu’elle utilise des méthodes de communication efficaces, sans s’en rendre compte.

Alors, que font les homéopathes de particulier ?

Prescription de l’empathie. L’empathie, est une méthode de communication avec analyse de ce que ressent l’autre, et par effet « miroir » (similitude de langage – verbal et non verbal - avec le sien) lui montrer qu’on l’a compris (il n’est pas interdit de lui faire croire), et surtout qu’il le ressente comme tel. C’est une similitude en quelque sorte. Que font les homéopathes quand ils comparent les signes présentés par un patient, dans le moindre détail, à l’effet d’une plante toxique ? Rien d’autre que de l’empathie, dans une communication propre à eux en termes de similitudes. L’empathie, seule ne sert à rien, c’est simplement une mise en confiance qui permet l’acceptation, génératrice d’efficacité, de ce qui vient après… En premier lieu ici, la prescription d’une similitude, autrement dit l’empathie symbolisée (voire sacralisée ?), sous forme de granules.

Prescription d’une ancre. Ceux qui connaissent un peu les techniques de communication, savent ce qu’est une « ancre ». Sinon, c’est aussi utilisé dans l’hypnose de foire avec création d’un lien entre un stimulus (ancre) et une réponse demandée. Par exemple, à chaque fois que l’hypnotiseur pose sa main sur l’épaule droite (ancre), l’hypnotisé en éveil pousse de façon inconsciente un « maman » (réponse programmée attendue), ce qui fait rigoler les spectateurs. Pour moi, le granule a cet office, à chaque prise, il rappelle les bonnes consignes du médecin à mettre à exécution. Par exemple (en provenance d’une patiente sous granules) « moins manger de frites au cours du repas, sinon ce n’est pas la peine de prendre le granule, il ne marchera pas ». Les recherches actuelles en placebothérapie vont dans ce sens… L’efficacité du granule n’est pas dans la dilution, elle est dans l’ancre qu’il est sous forme d’un nom rappelant le symptôme à traiter, associée à la réactivation de la communication empathique du médecin…

Prescription paradoxale du symptôme. Exactement ce que font les thérapeutes cognitivo-comportementalistes dans le cadre d’une prescription paradoxale inspirée des recherches de l’école de Palo Alto. Je me souviens d’un patient fumeur qui est venu, très inquiet pour une toux récente. Je le connaissais bien, d’où l’utilité d’avoir un seul interlocuteur généraliste, ce qui permet de rapidement cerner le problème. J’ai trouvé une astuce personnalisée pour lui demander de tousser en certaines circonstances (l’objectif étant qu’il ne le fasse pas, paradoxe oblige). Sans aucun support pharmaceutique, il n’a plus toussé.

La prise en charge médicale est par nature individuelle, et se termine par une action thérapeutique – une absence de prescription est aussi un acte thérapeutique - qui comporte à notre époque 2 volets, l’action propre d’une molécule active – schématiquement d'action identique sur tous - mais aussi l’action de toutes les autres communications, verbales ou non verbales, conscientes ou non conscientes qui l’entourent, - schématiquement d’action différente sur chacun donc individuelles - et qui se résument, dans notre incapacité à comprendre, donc à utiliser correctement, à une valeur moyenne qu’on appelle effet placebo dans les essais thérapeutiques. Les études actuelles en laboratoire sur le placebo démontrent une action réelle, sans toutefois dire comment l’utiliser, en partie par absence d’outil support éthique. Il n’y a pas de honte à considérer la substance d’un granule comme inerte, mais le granule est le support d’outils choisis de communication, ce qui incite à penser à une efficacité réelle de la méthode homéopathique, donc supérieure à l’effet placebo qui n’est que la moyenne des bonnes et mauvaises interactions ou communications, plutôt plus que moins, indépendantes du prescripteur.

Dr Yves Adenis-Lamarre, Angoulême (Charente)

Source : Le Généraliste: 2885