Édito

Ni pub, ni soumis

Publié le 15/11/2019
Édito

Édito

Que seriez-vous prêts à faire pour vendre vos mérites ? Placarder des affiches sur des panneaux de quatre mètres sur trois, distribuer des prospectus voire engager un crieur sur les marchés, ou envoyer des mails ciblés ? Les médecins seront-ils un jour autorisés à faire leur promotion ? L’interdiction totale de publicité pour les médecins et dentistes, en vigueur en France depuis 1947, a en effet du plomb dans l’aile. Le Conseil d’État vient de le rappeler dans deux récentes décisions. La plus haute juridiction veut désormais contraindre le gouvernement à abroger cette règle non-conforme au droit européen. Le sujet est dans l’air du temps depuis plusieurs années. L’an dernier déjà, l’Autorité de la concurrence jugeait nécessaire d’amender le code de la santé publique.

« La médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce », stipule noir sur blanc le code de déontologie, qui pourrait être toiletté. Le ministère de la Santé et l’Ordre des médecins travaillent à cette question mais leurs conclusions tardent. Interrogé il y a quelques semaines, le Dr Patrick Bouet, patron du Cnom, confiait au Généraliste que « le problème [n’était] pas d’autoriser la publicité promotionnelle mais de définir quelles informations pertinentes peuvent être données à la population ».

S’il est peu vraisemblable que votre bobine s’affiche sur les panneaux publicitaires, une évolution de la réglementation semble incontournable. Avec la révolution de la santé numérique, la prise de rendez-vous en ligne, les sites d’infos en santé, les avis Google et les réseaux sociaux, la médecine est devenue, qu’elle le veuille ou non, un objet de communication. Et 64 % des Français seraient favorables à une modification de la loi pour connaître plus facilement les horaires ou les tarifs du cabinet, selon une étude OpinionWay présentée l’an dernier au Festival de la communication en santé à Deauville.

Les médecins ont-ils à gagner à faire de la retape ? Une chose est sûre, ils ne le demandent pas, et perçoivent plus ces changements comme une aliénation qu’un progrès. Et pour cause, en ces temps de pénurie démographique, ils n’ont vraiment pas besoin de la pub pour avoir du travail !

Christophe Gattuso, directeur de la rédaction

Source : Le Généraliste: 2888