Courrier des lecteurs

On ne change pas une recette qui marche

Publié le 30/03/2018

Relisons les différentes conventions :

Lors de la mise en route de la télétransmission était écrit : le médecin « offre » a son patient le service de la télétransmission ; cadeau au patient, donc non facturable à Dame SS.

Lors de la création du médecin traitant était écrit : le médecin traitant « oriente » son patient vers le spécialiste, le spécialiste « fait un retour d’information » ; les généralistes ayant demandé à être honoré au même titre que les spécialistes pour le supplément « courrier », le texte original a été modifié pour ne pas honorer le généraliste. Je me souviens d’un cardiologue hospitalier, qui convoquait systématiquement les patients d’une consultation sur l’autre, et qui s’était plaint à ma patiente que je n’avais pas fait de courrier (ce qui l’empêchait de prendre un tarif supérieur). La fois suivante, j’ai fait un courrier du genre « RAS depuis la dernière fois » (ce qui, avec un logiciel bien fait peut donner, d’un seul clic, une lettre de deux pages), et en imprimant au verso une capture jpeg du texte de la convention. Ma patiente m’a dit que le spécialiste avait été très perturbé, au point qu’il avait passé son temps à tourner et retourner ma lettre, en faisant semblant de s’occuper d’elle.

Ça continue aujourd’hui avec la télémédecine : « la CNAM propose de 12 à 20 euros pour le médecin requis, et pas grand-chose pour le généraliste requérant » peut-on lire dans notre revue préférée. Je suis sûr que nos syndicalistes vont adhérer une nouvelle fois à cette offre généreuse.

Mais d’où vient cette recette ?

En son temps, un député du 86 (au temps du plan Juppé) a dit à peu près ceci : « les médecins ont adhéré au serment d’Hippocrate, ils doivent soigner gratuitement ceux qui ne peuvent pas payer ». Ce qui devait être traduit par : c’est aux médecins d’offrir à leurs patients tout ce que l’état indigent offre aux électeurs, et que l’État ne peut pas financer.

Relisons le serment d’Hippocrate, le vrai. Il n'est indiqué nulle part que le médecin doit travailler gratuitement. Dans le texte reformulé en 2012 (même référence) on lit seulement « Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me le demandera », transformé à Montpellier par « Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent » ; rien de tel dans les exemples du Canada ou de Belgique reproduits.

Les médecins au moment de la thèse sont pris pour des naïfs ; on leur fait adhérer à un texte, dont ils ne mesurent pas toute la portée, en faisant confiance « à la tradition » mise au goût du jour, donc texte modifié qui vient maintenant des politiques et non plus des médecins, pour servir les desseins des politiques.

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Dr Yves Adenis-Lamarre, Angoulême (Charente)

Source : Le Généraliste: 2829