Ethnologie

Montre-moi ton cabinet...

Publié le 28/07/2011

Montre-moi ton cabinet, je te dirais comment tu exerces. Après avoir pratiqué la médecine générale pendant plusieurs années, Aline Sarradon-Eck s’est tournée vers l’anthropologie et a soutenu en 2000 une thèse sur l’interprétation de la maladie. Dans "Singuliers généralistes", elle revient au cabinet médical pour y porter un regard d’ethnologue avec quatre autres chercheurs dont deux également généralistes. Plus précisément, ce travail de terrain est une description ethnographique de dix cabinets de médecins généralistes installés en zone rurale ou semi-rurale. Pour l’ethnologue, le cabinet est aussi un décor symbolique par lequel le généraliste dit volontairement ou non comment il entend exercer son art. Quand il affiche son diplôme de médecine, range sur une étagère ou pose sur son bureau des livres de médecine, s’assoit dans « l’inévitable et imposant fauteuil président », il se présente à ses patients comme « expert ».

À la « mise en scène » de l’espace correspond presque toujours une façon de tenir son rôle. La séparation de l’espace de l’examen clinique et celui du dialogue semble être devenu une norme. « Cette configuration est aussi une mise en ordre de l’espace de la rencontre clinique permettant de souligner la fonction d’écoute de la pratique généraliste à côté de celle de technicien et d’expert, et de l’importance de la parole dans la relation médecin-malade, » souligne Aline Sarradon-Eck. Ainsi celui qui a installé une immense table-bureau au milieu de la pièce et placé la table d’examen dans un petit coin de la pièce passe plus de temps à dialoguer avec son patient que pour l’examen clinique. Un autre qui aime aussi faire de la petite chirurgie s’est aménagé une véritable salle de soins « spacieuse, fonctionnelle et bien équipée ». Les gestes ont également leur sens. Qu’il soit mal à l’aise avec le principe du paiement à l’acte et le généraliste marmonne le montant des honoraires et range furtivement l’argent dans un tiroir sans un regard. Qu’il l’assume, il annoncera la somme d’une voix forte et tamponnera le chèque devant le patient.

V.H.

Source : legeneraliste.fr