Edito

#MedToo

Publié le 20/04/2018
Edito

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Est-ce un effet du mouvement #MeToo qui depuis octobre appelle à dénoncer sur les réseaux sociaux le harcèlement et les violences sexuelles ? Ou simplement la progression démographique des femmes en médecine ? Laquelle infléchit mathématiquement la tendance aux comportements sexistes si fréquents et banalisés dans le monde médical. Le fameux « esprit carabin » comme on dit, qui sonne à la manière d’une excuse pour légitimer les excès et les dérives masculines. Toujours est-il qu’à l’instar de Meryl Streep aux Oscars ou d’Oprah Winfrey aux Golden Globe, le Dr Catherine Laporte, présidente du Comité scientifique du congrès a raillé dans son allocution d’ouverture, sous un tonnerre d’applaudissements, les petites phrases sexistes qui ponctuent les relations confraternelles. Et le samedi matin, dans un amphithéâtre bondé, c’est une toute session qui était consacrée aux violences faites aux femmes.

Oui, le sujet concerne bien la médecine générale. Et pas seulement pour la rédaction des certificats médicaux « pour coups et blessures ». Les victimes de violences conjugales pourraient représenter 3 voire 4 femmes sur 10 qui consultent en soins primaires. Ces brutalités sont souvent cachées par les patientes. Pire, ces femmes peuvent se retrouver dans des états d’anesthésie émotionnelle, incapables de décrire les excès subis. C’est une véritable sémiologie de cette violence tue au sein des couples que les experts ont détaillé lors du congrès, incitant les médecins à repérer ces femmes en souffrance. Tantôt surconsommatrices de soins, ou porteuses de symptômes inexpliqués, parfois zappant d’un médecin à l’autre, Dans le cas des maladies chroniques, la violence conjugale réduit de 4 ans l’espérance de vie des patientes du simple fait de la malobservance thérapeutique qu’elle induit. Définitivement, le repérage des femmes victimes de violences doit devenir un sujet de prévention de soins primaires.

Jeune spécialité, la médecine générale pourrait aussi être exemplaire sur le plan professionnel. Elle ne porte pas le fardeau d’une tradition universitaire qui réplique des comportements sexistes et limite l’ambition des femmes médecins par un plafond de verre soigneusement poli. En septembre dernier l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) révélait au terme d’une grande enquête nationale que 86 % des internes étaient victimes de sexisme, une sur 10 de harcèlement. Alors, harcèlement, violences, MedToo ?

Dr Linda Sitruk

Source : Le Généraliste: 2832