Médicaments utilisés chez les patients Covid : des risques « bien présents » selon l'ANSM

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Publié le 10/04/2020
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Crédit photo : PASIEKA/SPL/PHANIE

Dans le contexte épidémique actuel , l’ANSM a mis en place une surveillance continue des effets indésirables liés à l’utilisation des médicaments chez les patients atteints de COVID-19, en particulier lorsqu’ils sont utilisés en dehors des essais cliniques. Plusieurs molécules sont suivies dont l’hydroxychloroquine et le lopinavir/ritonavir.

Un premier bilan communiqué ce vendredi par l'agence du médicament montre « que les risques, notamment cardio-vasculaires, associés à ces traitements sont bien présents et potentiellement augmentés chez les malades du Covid-19 »

Selon une première enquête orchestrée par le centre régional de pharmacovigilance de Dijon, en un peu moins de deux semaines « une centaine de cas d'effets indésirables en lien avec des médicaments utilisés chez des patients infectés par le Covid-19, dont 79 cas graves dont 4 cas de décès » ont été rapportés.

Hydroxychloroquine et lopinavir-ritonavir

« La majorité se répartissent par moitié entre lopinavir-ritonavir et hydroxychoroquine» D’après l’AFP, pour « une grande partie » d'entre eux, l'enquête a pu conclure à un lien « plausible » entre l'effet observé et le médicament consommé. La plupart des effets observés sont connus et décrits dans les RCP des médicaments : hépatotoxicité, nephrotoxicité, atteintes rétiniennes, troubles cardio-vasculaires notamment. 

Les effets indésirables de nature cardiaque, la moitié du total, ont fait l'objet d'une enquête spécifique menée par le CRPV de Nice. Il en ressort que la majorité (43 sur 53) ont été signalés chez des patients traités « avec l'hydroxychloroquine, seule ou en association (notamment avec l'azithromycine) ».  7 cas de mort subites, dont 3 « récupérées » par choc électrique externe ont rapportés ainsi « qu'une dizaine de troubles du rythme électrocardiographiques ou symptômes cardiaques les évoquant comme des syncopes, et des troubles de la conduction dont l'allongement de l’intervalle QT, d’évolution favorable après arrêt du traitement », liste l'ANSM.

Un "signal important"

Ces effets secondaires classiques de l'hydroxychloroquine, semblent « majorés chez les patients Covid » . « Les malades du Covid sont plus fragiles sur le plan cardiovasculaire et donc plus susceptibles que les personnes lambda d'avoir des problèmes avec des médicaments qui sont délétères pour le coeur » tels que l'hydroxychloroquine, a expliqué à l'AFP Dominique Martin, directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament.

Les effets indésirables liés au Kaletra sont eux essentiellement d'ordre hépatique et rénale.

« Ces informations (...) constituent un signal important » et renforcent la nécessité de limiter l'usage de ces médicaments « à l'hôpital, sous étroite surveillance médicale », insiste l'ANSM, alors que plusieurs voix dans le monde médical et politique réclament la possibilité de pouvoir prescrire l'hydroxychloroquie de façon plus large.

En attendant les résultats des essais en cours, « le rapport bénéfice-risque nous paraît acceptable à l'hôpital » en l'absence de traitement reconnu, en revanche il n'est « pas acceptable en ville », où un patient ne pourra pas être secouru immédiatement en cas d'accident cardiaque à son domicile, résume Dominique Martin.

De nouveaux résultats controversés pour l'hydroxychloroquine

Cette mise en garde intervient alors que le Pr Didier Raoult de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille, vient de présenter de nouveaux résultats concernant l'efficacité de l'hydroxychloroquine contre le Covid. Ce travail a porté sur 1 061 patients Covid+, qui ont reçu ce traitement pendant "au moins trois jours". Après 10 jours, plus de neuf sur dix (91,7%) avaient une charge virale nulle, cinq personnes (0,5%) sont décédées.

Ce pourcentage est « significativement plus bas » que chez « les patients traités sous d'autres régimes à la fois à l'IHU et dans tous les hôpitaux publics marseillais », affirme l'abstract de l'étude (l'intégralité du travail n'est pas encore rendue publique).

Nombre de scientifiques font valoir qu'en raison de la manière dont l'étude est élaborée, rien ne permet d'en conclure que le traitement « évite l'aggravation des symptômes et empêche la persistance du virus et la contagiosité dans la plupart des cas », comme l'affirment les conclusions. L'absence de bras comparatif est particulièrement pointée du doigt. 

avec AFP


Source : legeneraliste.fr