Si « Le Généraliste » était paru en 1902

Médecins de campagnes, préférez les voitures à cheval aux voitures à pétrole !

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Publié le 13/11/2017
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Crédit photo : Phanie

Nous croyons de notre devoir de protester contre certaines réclames publiées par quelques journaux médicaux à propos des automobiles car elles sont de nature à fausser complètement l’étude de la question, en ce qui concerne l’utilisation de ces véhicules dans la pratique médicale.

Ces réclames tendent, en effet, à démontrer que, dès l’heure présente, cela revient moins cher de se servir d’un coupé automobile, coûtant 8 500 francs (rien que ça) que d’une voiture à cheval et, pour y parvenir, elles établissent des devis qui, en réalité, sont absolument fantaisistes.

On y lit, par exemple, qu’une automobile doit s’amortir en 10 ans ! Or, après trois ans de service, l’automobile actuelle n’est bonne qu’à mettre au vestiaire ! Par suite, l’amortissement doit avoir lieu en trois ou quatre ans, et non pas en dix !

On y lit encore qu’un cheval doit s’amortir en cinq ans, s’il a été acheté plus de 1 000 francs. Nouvelle erreur : un cheval jeune, susceptible de coûter 1 200 à 1 500 francs, n’est pas usé en cinq années, même en ville ! Tous ceux qui connaissent les chevaux de médecins le savent bien !

De plus, lesdits prospectus ne font allusion dans leurs devis qu’aux voitures travaillant à la ville et laissent croire que les mêmes chiffres sont applicables à la campagne. Nouvelle erreur, celle-là colossale ! Car, à la campagne, les meilleurs chevaux coûtent moins de 1 500 francs, les plus beaux cabriolets moins de 1 500 francs, etc. Et, surtout, une écurie ou une remise n’atteignent jamais 1 200 francs de loyer, ni les gages d’un cocher 2 400 francs. Pour ce prix-là, on pourrait avoir des châteaux comme remises et des docteurs ès lettres comme garçons !

Conclusions : ces devis sont des plus inexacts et sont destinés à tromper le public médical. La vérité, la voici. Actuellement ni le médecin de ville et encore moins le médecin de la campagne n’ont un intérêt financier à user de l’automobile. Ce mode de locomotion est toujours des plus onéreux et on peut dire aujourd’hui que l’automobile, à la campagne, coûte deux fois plus cher que le cheval. Et il sera toujours ainsi tant que les voitures à pétrole reviendront à 8 000 francs et plus !

(Chronique médicale, 1902)


Source : legeneraliste.fr