Si « Le Généraliste » était paru en avril 1904

Mais d'où vient ce Macchabée ?

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Publié le 06/03/2017
Histoire

Histoire

Macabée ou Macchabée ? D’où vient ce vocable sonore qui n’a évidemment rien de commun avec l’histoire du peuple d’Israël et qui a fait fortune dans la langue populaire et celle des étudiants pour désigner morts et cadavres ?

Macabre et macabée, c’est tout un : au Moyen âge, on disait indifféremment la danse macabre, la danse macchabée ou la danse des macchabées pour dénommer ces peintures qui s’étalaient sur les murs du Campo Santo de Pise, du charnier des Innocents à Paris, dans la salle du concile de Bâle, sur le pont couvert de Lucerne, à La Chaise-Dieu en Auvergne et en bien d’autres lieux.

Pour les uns, macabre se tire de l’arabe magbarah ou magabir qui signifie chambre funéraire ou cimetière.

D’autres le composent sans façon de deux mots anglais ou allemands, to make ou machen (faire) et to break ou brechen (rompre), par allusion aux poses disloquées que prenaient les acteurs de la ronde des trépassés.

Pour M. Lenient, l’étymologie se rapporte au nom corrompu de saint Macaire, dont le peuple aura fait macabre et macabée. Saint Macaire, en effet, était le héros de la légende, célèbre depuis le XIIIe siècle, des trois morts et des trois vifs. Ce moine égyptien, contemporain de Thaïs et Paphnuce, avait rencontré, disait-on, trois jeunes princes en grand équipage, à cheval, couronne en tête et faucon au poing ; ils allaient ainsi chassant et devisant entre eux, quand le saint les arrêta pour leur montrer trois cercueils où gisaient les cadavres de trois rois. Sur ce thème facile à saisir, prédicateurs et peintres exécutèrent pendant plusieurs siècles des variations sans nombre, qui devaient inspirer de nos jours le génie musical de Saint-Saëns et que l’artiste Willette a modernisées sur les vitraux du célèbre cabaret du Chat Noir.

Par ce temps de simplification grammaticale, ne conviendrait-il pas, puisqu’on écrit macabre et Macaire, d’écrire correctement macabée et non macchabée ?

(Dr E. Gallamand, de Saint-Mandé, dans la « Chronique médicale », 1904)


Source : legeneraliste.fr