Si « Le Généraliste » était paru en 1925

Madame Bovary à l’Académie de médecine

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Publié le 03/05/2017
Histoire

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On a lu hier, à l’Académie de médecine, une note de M. Poussier, pharmacien-chef de l’Hôtel-Dieu de Rouen, accompagnant une curieuse planche qui va prendre place dans le musée de la docte compagnie.

Cette planche est la reproduction, sous trois aspects différents, d’un buste phrénologique que M. Poussier offrit au Musée d’histoire de la médecine de la capitale normande, en 1921, à l’occasion du centenaire de Flaubert.

Quant au buste lui-même, il est un irrécusable témoin de l’exactitude du détail à laquelle s’astreignit l’auteur de Mme Bovary lorsqu’en fait il inaugura le « réalisme ».

Vous souvient-il du début du roman d’Emma Bovary et du clerc sentimental et si vaguement frotté de littérature ? Léon échangeait avec la jeune femme romans et romances et pour amadouer « Charbovary » lui fit, pour premier cadeau de fête, l’hommage d’une « belle tête phrénologique, toute marquetée de chiffres et peinte en bleu », belle tête qu’après la catastrophe finale, l’huissier négligea de saisir parce que considérée comme un instrument de la profession du pauvre médecin, trompé et ruiné…

Ainsi, le buste phrénologique, illustrant les théories de Gall et semblable à ceux que l’on voit encore dans les vitrines des opticiens, provient bel et bien du cabinet du Dr Delamarre, du pseudo-Bovary, et fut transporté à Rouen par la fille authentique de celui-ci, que Flaubert appela Berthe.

La jeune fille épousa par la suite le pharmacien Lefebvre, établi rue du Sacre, à Rouen, d’où l’officine a maintenant disparu.

À la mort de son mari, Berthe Delamarre retrouva la pièce anatomique sur la corniche d’un buffet. Embarrassée de cette laideur et de ce nid à poussière, elle allait le jeter à la borne quand l’élève Fiquet la sollicita pour ses études.

À son tour, M. Fiquet emporta le buste à Pavilly où il s’établit pharmacien et ne s’en sépara point quand, après vingt-cinq années d’exercice, il se retira à Yvetot.

Et c’est là que M. Poussier le recueillit pour conserver à l’histoire des lettres cette singulière pièce à conviction de la minutie flaubertienne.

(La Chronique médicale, 1925)


Source : legeneraliste.fr