Si « Le Généraliste » était paru en avril 1913

L’odeur vineuse et l’haleine fétide chez les Romains

Par
Alain Létot -
Publié le 13/04/2016
Histoire

Histoire

Tous les médecins qui ont fréquenté les gens du peuple savent que les ivrognes exhalent une odeur exécrable. Le savant pharmacien Lutz, qui fut agrégé à la Faculté de Paris, a établi que cette odeur provient de l’aldéhyde qui est exhalé par la respiration. Chez les Romains, qui ne connaissaient que le vin, on avait déjà constaté le fait.

Voici ce que je trouve dans le discours de Cicéron contre Calpurnius Tison :

« Comme ta bouche fétide nous empoisonnait des odeurs repoussantes du cabaret, tu t’excusas sur ta santé qui t’obligeait, disais-tu, à faire usage de médicaments où il entrait du vin. Nous restâmes quelque temps exposés aux exhalaisons et aux vapeurs de ta crapule, jusqu’à ce que la grossièreté de tes réponses et tes rots dégoûtants nous mirent dehors. »

J’extrais encore de Cicéron (in Verrem, actio II, liber III) cet autre passage :

« L’odeur infecte qu’exhalaient la bouche et le corps d’Apronius qui, comme on dit, était insupportable aux animaux eux-mêmes » (et LVIII) « Apronius, un homme à peine libre, souillé de crimes, sans moyens, usé de libertinages, dont l’haleine est aussi corrompue que le cœur ».

Cicéron est regardé comme le plus grand orateur romain, d’une éloquence très pure. Comment, accusateur , dans le procès de Verrès, a-t-il pu se laisser aller  parler de l’odeur infecte exhalée par la bouche et le corps d’Apronius ? On ne se représente pas Berryer (célèbre avocat, député et chef de file du légitimisme français, Ndlr) et Jules Favre (avocat et sénateur qui, aux côtés de Victor Hugo, avait voulu organiser la résistance armée dans les rues de Paris au lendemain du coup d’état du 2 décembre 1851, Ndlr) recourant à de pareilles invectives ; c’est, tout au plus, si aujourd’hui des injures de cet acabit sont proférées dans les réunions publiques des boulevards extérieurs. Armand Silvestre (romancier et poète, ami de Guy de Maupassant, Ndlr) aimait ce genre d’allusions, mais sur le ton badin : n’est-ce pas lui qui a imaginé l’amiral Le Kelpudubec ?

(Dr Rosaime, « La Chronique médicale, 1913)


Source : legeneraliste.fr