Déserts médicaux

Les sénateurs veulent mettre les jeunes médecins au vert

Publié le 08/06/2011
La délégation sénatoriale à la décentralisation s’est penchée sur la question de la désertification médicale pour y apporter des réponses plutôt incitatives. Une initiative qui en dit long sur la préoccupation des élus de la Haute Assemblée concernant l’offre de soins en zones rurales, alors que le Sénat s’apprête à reprendre en seconde lecture l’examen de la proposition de loi Fourcade.

Crédit photo : ©GARO/PHANIE

Alors que le Sénat doit examiner avant l’été la proposition de loi Fourcade en seconde lecture, certains de ses membres se sont à nouveau penchés sur la désertification médicale. En effet, la délégation sénatoriale à la décentralisation s’est réunie mardi sous la présidence du sénateur UMP de Charente-Maritime Claude Belot pour examiner le rapport de leur collègue UMP de l’Hérault Marie-Thérèse Bruguière. Ce rapport expose une vingtaine de propositions pour lutter contre la désertification médicale, dont la moitié vise à « endiguer le dépeuplement médical dans les zones fragiles ». Toutes ces propositions ne sont pas nouvelles et elles restent essentiellement incitatives. Elles visent d’abord la jeune génération.

Partant du constat très partagé que les futurs praticiens ont une formation quasi exclusivement hospitalo-centrée, les sénateurs de la délégation préconisent d’abord de leur permettre de « découvrir l’intérêt d’exercer en milieu rural et de se départir de certaines idées reçues sur la vie quotidienne dans les zones concernées ». À cette fin, ils recommandent notamment de prévoir une année de formation pratique dans des zones fragiles, sans allonger la durée totale des études. Les sénateurs émettent également plusieurs recommandations pour « favoriser l’installation des professionnels en exercice » : mettre à leur disposition, dans chaque région, un professionnel de l’ingénierie de projet pour les accompagner dans les démarches à accomplir (administratives, recherches de financements, de partenaires…). Reprenant une proposition de l’Académie de médecine, ils suggèrent aussi créer un dispositif national d’« assurance-investissement » garantissant aux candidats à l’installation en zone fragile le rachat de leur cabinet lors de leur cessation d’activité.

L’autre moitié des propositions de la délégation vise à optimiser le temps médical, « autrement dit à faire en sorte qu’une heure de travail d’un professionnel permette de réaliser le maximum de soins, sans nuire à leur qualité ». Là aussi, les propositions ne sont pas nouvelles : délégation de tâches, afin d’éviter « que les différents acteurs de la chaîne médicale accomplissent des tâches ne correspondant pas à leur niveau de qualification » et création d’un nouveau métier de la santé comme une profession d’assistant de santé par « la mise en place d’une filière d’études adaptées associant connaissances de gestion, informatiques et médicales ». Cette seconde proposition avait déjà été faite par le député radical Laurent Hénart dans un rapport remis au gouvernement en février sur les nouveaux métiers de la santé.

Une autre série de proposition porte sur le développement de la télémédecine : créer des plates-formes de télésanté, clarifier le droit relatif à la télémédecine, afin notamment d’identifier les responsabilités des différents intervenants, généraliser le dispositif du tiers payant aux actes de téléconsultation.

À l’Assemblée nationale, les députés avaient décidé de supprimer via la proposition de loi Fourcade deux mesures coercitives de la loi Bachelot : la déclaration des congés aux CDOM et la taxe pour les praticiens qui refuseraient de signer des contrats santé solidarité qui prévoient qu’une partie de l’exercice médical s’effectue en zone déficitaire. En première lecture, les sénateurs avaient refusé de céder sur le premier point.

Véronique Hunsinger

Source : legeneraliste.fr