Thérapeutique

Les réserves des rhumatologues sur le diclofénac

Publié le 02/04/2013
Pour la première fois en France, une société savante, celle de rhumatologie, prend les devants sur les autorités sanitaires et lance une alerte sur le risque cardio-vasculaire d’un anti-inflammatoire non stéroïdien.

Dans un communiqué, la Société Française de Rhumatologie (SFR) attire l’attention des prescripteurs sur la mise en évidence d’une augmentation (modérée) du risque d’accident cardiovasculaire avec le diclofénac. A la fin octobre, l’ANSM diffusait une information émanant de l’Agence européenne du médicament concernant la réévaluation du rapport bénéfice/risque des médicaments contenant du diclofénac (1). Une analyse de données de la littérature scientifique sur les effets indésirables cardiovasculaires des AINS non sélectifs (notamment infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral) mettait en évidence un risque cardiovasculaire plus élevé avec le diclofénac qu’avec les aux autres AINS non sélectifs. Ce risque étant similaire à celui des coxibs, puisqu’ils agissent en inhibant de manière non sélective l’une des deux enzymes de dégradation de l’acide arachidonique appelée la cyclooxygénase (Cox-1 et Cox-2).

« Mais cette information sur le rapport bénéfice/risque de cette molécule - certes nécessaire – reste insuffisante. Depuis 2006, les preuves s’accumulent sur le risque accru d’accidents cardiaques et vasculaires avec le diclofénac, précise le Pr Francis Berenbaum,chef du service de rhumatologie à l’hôpital Saint-Antoine à Paris et vice-président de la SFR. Aussi il est de notre responsabilité d’informer les médecins et le public sans attendre les conclusions de l’EMA. »

En effet, c’est la récente étude de la mi-février parue dans Plos Medicine qui a mis le feu aux poudres. Elle précisait que cette molécule est l’AINS le plus utilisée dans le monde malgré les alertes itératives sur ses effets secondaires potentiellement dangereux. « Du coup, nous avons aussi saisi la Haute Autorité de Santé pour quelle réévalue le SMR du diclofénac », précise le rhumatologue.

Les trois recos de la SFR

Aussi, la SFR rappelle qu’il convient de respecter les règles suivantes:

1- les AINS doivent être prescrits à la plus petite dose efficace pour la durée la plus courte possible.

2- compte-tenu de leurs effets, la prescription des AINS, et en particulier du diclofenac, doit faire l’objet d’une évaluation particulière chez les patients à risque cardiovasculaire (angor, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral y compris l’accident ischémique transitoire, artériopathie des membres inférieurs).

3 - en fonction des données actuelles, le naproxène est l’AINS de choix pour un traitement au long cours chez un patient à risque cardiovasculaire (angor, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral y compris l’accident ischémique transitoire, artériopathie des membres inférieurs).

Dr Linda Sitruk

Source : legeneraliste.fr