Les psychiatres inquiets après la condamnation de leur consoeur marseillaise

Publié le 19/12/2012

La psychiatre de Marseille jugée en novembre dernier après le meurtre commis par l'un de ses patients schizophrène a été condamnée mardi à Marseille à un an de prison avec sursis pour homicide involontaire. «Le tribunal ne juge pas la psychiatrie, il juge un cas d'espèce», a précisé le président Fabrice Castoldi. Dans sa décision, le tribunal correctionnel de Marseille dénonce de «multiples manquements, constitutifs de fautes caractérisées», de la part de Danièle Canarelli, médecin à l'hôpital marseillais Edouard-Toulouse, dans le suivi de Joël Gaillard, de son hospitalisation en 2000 à sa fugue à l'occasion d'un entretien en février 2004, vingt jours avant qu'il tue à Gap, à coups de hachette, le compagnon octogénaire de sa grand-mère. Ce patient atteint d'une psychose schizophrénique à forme "paranoïde" avait commis avant le drame plusieurs agressions, dont une tentative d'assassinat.

Pour expliquer cette première en France en matière judiciaire, même s’ils conviennent que «le risque zéro et la prédictivité n'existent pas», les magistrats ont estimé que l’attitude de la psychiatre «a confiné à l'aveuglement, estimant qu’elle aurait dû «passer la main» au lieu d'accorder au malade une sortie à l'essai de longue durée. Pour Me Sylvain Pontier, avocat de la prévenue, «c'est une décision extrêmement sévère, qui va avoir des conséquences très concrètes sur l'exercice du métier, c'est-à-dire très probablement un durcissement des mesures prises à l'égard des patients, pas forcément dans leur intérêt, mais dans un but de protection du médecin».

A l'audience le 13 novembre, la psychiatre de 58 ans avait reconnu avoir été confrontée à un "problème de diagnostic" du fait de l'absence de symptôme, mais nié toute négligence. Dans la salle, de nombreux soignants étaient venus en solidarité avec leur collègue. Le syndicat des psychiatres d'exercice public (Spep) a jugé cette condamnation «inquiétante», regrettant la désignation d'«un bouc émissaire».


Source : legeneraliste.fr