Si « Le Généraliste » était paru en 1924

Les phlegmasies de Broussais

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Publié le 30/03/2017
Histoire

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Un jour, Broussais, surnommé le Mirabeau du Val-de-Grâce, s’écriait devant un auditoire enthousiasmé : « Toutes les maladies se réduisent à trois ou quatre données, à trois ou quatre symptômes, qui se diversifient ensuite. Considérons l’ivresse, résultat d’un excès de vin ou de toute autre liqueur : sur 100 individus ivres, en trouvera-t-on qui offriront les mêmes symptômes ? Chez les uns, ce sera un état de douceur, de gaîté, de stupeur ; chez d’autres, on verra la colère, la tristesse, quelquefois même une fureur sanguinaire. Il faudrait donc admettre autant de maladies qu’il y a d’états différents et de nuances diverses de sensibilité capables de faire varier les résultats de l’irritation d’un organe et admettre des spécifiques particuliers pour chacun des groupes de symptômes qui en seraient la conséquence. Cet exemple suffit pour sentir le ridicule d’une telle pratique médicale. On doit voir que l’essentiel de la pathologie est de s’attacher à bien connaître l’organe malade ».

Et le professeur répétait souvent cet axiome : « Il faut savoir écouter le cri des organes ». En effet, sous l’influence d’un processus morbide, chacun de nous réagit à sa façon suivant l’âge, le sexe, le tempérament, la constitution, l’intégrité organique et l’état mental : « Il y a des malades et non des maladies ». De même, devant la souffrance, il existe des atténuateurs ou des exagérateurs de la douleur, suivant l’expression de Velpeau.

Enfin, qui de nous n’a pas observé des malades pusillanimes se préoccupant beaucoup de la moindre névralgie, des faux tuberculeux par exemple, tandis que des cavitaires émaciés font preuve d’une euphorie déconcertante et, un pied dans la tombe, font encore des projets d’avenir ?

En résumé, de même que l’ivresse, les processus infectieux influencent l’état mental de chaque patient et réveillent les psychopathies endormies.

(« La Gazette médicale du Centre », 15 avril 1924)


Source : legeneraliste.fr