Courrier des lecteurs

À l'époque...

Publié le 20/04/2018

1990, un appel téléphonique un soir d'hiver breton, météo glauque : « venez vite, R fait une crise d'asthme ». C'est un ami d'enfance, asthmatique, peu observant, fumeur, gérant d'un bar (à l'époque, on y fumait beaucoup). Il a usé, abusé, épuisé ses aérosols de ventoline et bécotide ; à mon arrivée, R est assis sur une chaise, tête renversée en arrière, en détresse respiratoire. Que faire ? Alerter les pompiers et attendre leur venue ? Trop long (à l'époque, pas de 15 ni de SMUR) ! Avec l'aide de clients, R est installé sur le siège avant passager de ma 4L, direction l'hôpital distant à 5 minutes ; à mi-parcours, au milieu d'un pont, R fait un arrêt cardio-respiratoire et s'effondre sur le siège. Tant pis, je fonce en klaxonnant comme un fou. Devant les urgences (à l'époque, il n'y avait pas de téléphone portable pour prévenir), je hurle en extrayant R de ma voiture ; MCE au sol puis sur un chariot ; la jeune interne de garde : « je ne sais pas intuber » (à l'époque, pas de sénior sur place la nuit). Qu'à cela ne tienne, avec quelques notions pratiques apprises au bloc (merci à mes confrères anesthésistes), j'intube R avec quelques difficultés, lui cassant au passage sa dernière dent restante. R se remettra rapidement sans séquelle. Je croiserais souvent R dans ma petite ville. De son index il me montrait son nouveau « râtelier » (à l'époque, financé en partie par mon assurance professionnelle). Mais R brûlait la vie par les deux bouts, il s'était mis à « dealer ». Lors d'un retour d'Amsterdam, la police l’embarque sur un quai de gare. Condamné à quelques mois de prison, R fait une crise d'asthme la nuit dans sa cellule ; son codétenu alertera bruyamment, mais il décédera avant l'arrivée des secours. Fin de l'histoire. À l'époque, cela pouvait arriver !

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Docteur Alain Liebot, Douarnenez (Finistère)

Source : Le Généraliste: 2832