Si « Le Généraliste » était paru en 1911

Le médecin de province d'autrefois

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Publié le 04/11/2017
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Crédit photo : Phanie

Aujourd'hui il passerait pour un lettré ! Il citait Horace et fredonnait du Béranger. Il troussait gentiment le vers. Chaque année, au banquet de la Société locale,
sa chanson à boire, gaillarde dans ses allusions professionnelles, était le clou de la soirée.

Il s'occupait volontiers de politique. Plutôt libéral, convaincu et désintéressé, il arrivait moins aux honneurs que certains confrères politiciens d'aujourd'hui. Gourmet et grand liseur, il avait comme exutoires de sa vie provinciale une bonne cave et une grande bibliothèque. Dans celle-ci, Rabelais et Voltaire voisinaient avec les œuvres de Galien et le traité des fractures de Malgaigne. Dans ses tournées de ville et des environs, il lisait la « Gazette des hôpitaux » et la « Revue des deux mondes », cahoté dans son cabriolet au trot de son placide cheval. Que dirait-il des 8-10 HP d'aujourd'hui !

Tout rasé et coiffé du chapeau de soie, il avait de la tenue dans sa redingote boutonnée haut sur la cravate à plusieurs tours. Il pontifiait parfois mais croyait que « c'était arrivé ». Il n'aurait pas compris le bluff et la blague de certains d'entre nous.

En général bon clinicien, il se faisait gloire de posséder le flair et l'art. Malgré des honoraires modestes et irréguliers grâce à des prodiges, il arrivait à « représenter »
honorablement grâce à des prodiges d'économie et de vie simple. Il jouissait de la considération générale en dépit des clans et des haines de la vie de Province. Et il disparaissait, souvent remplacé par son fils qui continuait la dynastie.

À son enterrement, il y avait des éloges un peu frustes mais sincères, du recueillement, des regrets, à peine un ou deux mots « rosses »… L'âge d'or !

(Dr Pierre Maurel, Paris médical, 1911)


Source : legeneraliste.fr