Présidentielle

La santé, grande absente du duel Sarkozy-Hollande

Publié le 04/05/2012
La santé a été la grande oubliée de l’unique débat télévisé organisé dans l’entre-deux tours. Mercredi, ni le président sortant Nicolas Sarkozy, ni le candidat socialiste François Hollande n’ont évoqué le système de soins. Pourtant, l’avenir de l’assurance maladie interpelle comme jamais les Français. Petit clin d’oeil dans le rétroviseur : voici le débat tel qu’il aurait pu être si on avait parlé des patients et de ceux qui les soignent !

Crédit photo : ©VOISIN/PHANIE

On a parlé immigration, vote des étrangers, banques, Europe et même nucléaire… Mais pas un mot sur la santé n’a été échangé entre les deux finalistes de la présidentielle mercredi soir à la télévision. Tout juste François Hollande a-t-il redit au président sortant qu’il supprimerait sa «TVA antidélocalisation» avant même qu’elle n’ait pu s’appliquer. Pourtant, les sujets santé ne manquent pas qui concernent la vie quotidienne des Français : problèmes géographiques d’accès aux soins, dépassements d’honoraires, déficit de la Sécu, engorgement des urgences hospitalières… Des dossiers chauds sur lesquels les deux finalistes auraient pu être interrogés... ou de se chercher l’un et l’autre. Le hic ? Nicolas Sarkozy et François Hollande partagent souvent le même constat, parfois les mêmes solutions sur des pistes aussi essentielles que la régionalisation de la santé, l’essor des modes d’exercice collectifs, la nécessité de modifier, au moins à la marge, le mode de rémunération des généralistes.

Alors, à défaut d’être éclairé davantage sur les différences entre candidats sur ce chapître, on peut tenter d’imaginer à quoi aurait pu ressembler le duel télévisuel si on avait abordé les sujets de santé... S’il avait été emmené sur le terrain sanitaire, le président sortant aurait surement tenté de défendre son bilan à tout prix : la création de plus de 200 nouvelles maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) en zone désertifiée, le succès – tout relatif en fait – des contrats d’engagement de service public (CESP) pour inciter les jeunes médecins à s’installer à la campagne, la hausse du numerus clausus porté de 7400 à 7500 places (et même 8 000 avec les passerelles).

On s’attendait aussi à ce que le candidat socialiste dégaine sa proposition de limitation des installations en zone surdotée pour les secteur 2, sans aller bien sûr jusqu’à plaider la coercition. François Hollande a en effet toujours été beaucoup plus modéré - voire ambigu – par rapport à la première secrétaire du PS, Martine Aubry, sur le sujet de la désertification médicale. Cette dernière souhaitait, lors des primaires socialistes, contraindre les jeunes médecins à quelques années de Purgatoire en zone sous-dotée, à la sortie de leurs études ! Une proposition qu’Hollande n’a pas retenue… Et en fait, il n’a rien dit sur l’accès aux soins mercredi.

Sur la santé, le champion des socialistes avait aussi un avantage de taille dont il n’a pas tiré parti. L’ère Sarkozy aura été ponctuée de crises sanitaires sans précédent : H1N1, affaire Mediator, prothèses PIP… Las ! Le candidat socialiste n’a pas saisi l’occasion de plaider pour plus de transparence. Quant aux sommes faramineuses empochées par certains mandarins de l’AP-HP -le fameux scandale des dépassements d’honoraires révélé par une enquête de « 60 millions de consommateurs » qui a fait grand bruit- le candidat qui « n’aime pas les riches » n’en a pas pipé mot. Pourtant, l’équipe Hollande a déjà réprouvé le nouveau dispositif mis au point par Xavier Bertrand, dit «secteur optionnel», le jugeant « inefficace » pour limiter les dépassements d’honoraires des médecins.

Finalement, c’est lorsque David Poujadas a annoncé les débats de société, que l’on s’est dit que la santé allait forcément s’inviter dans le débat. Le réel affrontement entre les deux candidats était attendu, sur l’euthanasie par exemple. Il n’en fut rien. Pourtant, le président sortant semblait avoir envie d’en découdre sur ce terrain-là, puisque dans sa proposition des trois débats, l’un devait être consacré à ces sujets-là. Ce sont aussi ces questions d’éthique -en un mot «les valeurs»- qui forge un président. Dire oui (c’est le cas d’Hollande) ou non (comme Sarkozy) à la légalisation de l’euthanasie. Oui (toujours Hollande) ou non (toujours Sarkozy) à la procréation assistée, à l’adoption, au mariage des couples homosexuels. Voici des questions, encore tabou, sur lesquelles le débat n’a rien apporté, puisque ces sujets n’ont pas été évoqués.Bien sûr le FN s’est -comme on pouvait s’y attendre- un peu invité dans le débat. Mais les échanges n’ont pas porté sur les propositions santé de Marine Le Pen. La polémique de Marine Le Pen sur le nombre croissant des «IVG de confort » ? Pas un mot. La lutte contre la fraude sociale, dada des Lepénistes ? Evacuée. Pourtant, qu’il s’agisse des arrêts de travail abusifs ou de la création d’une carte Vitale biométrique, Nicolas Sarkozy connait ses classiques. Ces propositions qui sont aussi celles du FN figuraient déjà dans le programme de l’UMP… bien avant le premier tour !

Giulia Gandolfi

Source : legeneraliste.fr