Gastro-entérologie

La révolution du microbiote

Publié le 24/12/2012
Des MICI au cancer colorectal, en passant par les TFI, 2012 aura vu se multiplier les travaux suggérant un lien fort entre pathologies digestives et flore microbienne. Plus classiquement, ces derniers mois ont aussi conforté la place des biothérapies dans les MICI et les progrès majeurs de l’endoscopie digestive.

Pas un congrès qui ne lui consacre une session dédiée ! En quelques années la flore intestinale (ou microbiote) est devenue quasiment incontournable en gastro-entérologie. Avec de plus en plus de données suggérant un lien fort entre composition du microbiote et pathologies intestinales. Une tendance confortée en 2012 par la publication de travaux originaux qui laissent espérer à terme de nouvelles approches thérapeutiques.

Défini comme l’ensemble des micro-organismes qui colonisent notre tube digestif, le microbiote compte près de 1 0 14 bactéries soit dix fois le nombre de cellules de l’organisme. S’y ajoutent des champignons, virus, etc. Longtemps délaissé, cet écosystème est désormais considéré comme « un nouvel organe » à part entière doué d’une activité métabolique qui lui est propre.

Récemment des études moléculaires ont permis de montrer qu’un déséquilibre dans sa composition (ou dysbiose) pouvait être associé à de nombreuses pathologies digestives comme les MICI, les troubles fonctionnels intestinaux, voire certains cancers colorectaux. Dans les MICI, par exemple, on observe la présence d’environ 30 % de bactéries inhabituelles dont certaines probablement pro-inflammatoire.

À l’inverse, « nous avons aussi mis en évidence une perte de certains groupes bactériens “protecteurs” car anti -inflammatoire, avec notamment un déficit en Faecalibacterium prausnitzii », rapporte le Pr Philippe Seksik (hôpital Saint-Antoine, Paris). Une étude publiée en septembre par ce chercheur suggère par ailleurs que la dysbiose pourrait avoir un impact délétère sur les acides biliaires, lesquels exercent normalement un effet anti-inflammatoire sur l’intestin.

Toutes ces données ont incité à rechercher des probiotiques capables de prévenir ou de traiter ces pathologies intestinales. Dans les TFI, des travaux présentés lors du congrès de l’UEGW suggèrent un effet bénéfique de certaines souches. Dans les MICI plusieurs études ont été réalisées avec des résultats hétérogènes « plutôt positifs dans la rectocolique hémorragique et négatifs pour la maladie de Crohn », résume le Pr Seksik.

D’autres approches visant à normaliser le microbiote sont en développement comme la transplantation de selles, déjà testée avec succès dans les colites pseudo-membraneuses. L’utilisation de probiotiques génétiquement modifiés pour la production de métabolites actifs protecteurs est aussi à l’étude. Fin octobre, une équipe de l’INSERM a ainsi annoncé avoir créé une bactérie productrice d’élafine, une protéine humaine anti-inflammatoire qui fait défaut aux patients porteurs de MICI. Dans différents modèles murins d'inflammation intestinale chronique ou aiguë, ces bactéries ont permis de diminuer les symptômes inflammatoires.

Plus classiquement, 2012 a aussi conforté la place des biothérapies dans les MICI (avec l’arrivée de deux nouvelles molécules) et les progrès majeurs de l’endoscopie digestive. « Grâce à l’imagerie confocale, on pourra bientôt faire de l’anatomopathologie en endoscopie avec une résolution à l’échelle de la cellule »,

s’enthousiasme le Pr Seksik.

Le regard de... l’Association François-Aupetit

Encore 12 000 nouveaux malades atteints de MICI en 2012 ! Pour Alain Olympie, directeur de l’Association François Aupetit (AFA), dédiée aux MICI, ce chiffre sonne comme la mauvaise nouvelle de 2012. « Au total nous allons dépasser les 200 000 malades, soit deux fois plus qu’il y a 20 ans. » Malgré cela, les MICI restent mal connues et « de nombreux médecins considèrent encore ces maladies comme des pathologies spécifiques du Nord de la France qui touchent essentiellement les 20-35 ans. Or la maladie a évolué et concerne désormais des sujets de tous horizons et de plus en plus jeunes », insiste Alain Olympie. D’où la campagne « MICI, montrons nos ventres » menée début 2012 par l’AFA pour faire connaître ces maladies et lutter contre les retards diagnostiques.

Bénédicte Gatin

Source : legeneraliste.fr