La quarantaine a des effets négatifs sur la santé mentale, en particulier chez les soignants

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Publié le 14/03/2020
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À l'heure où de nombreux professionnels de santé et patients, infectés ou exposés au coronavirus, sont mis à l'isolement, la revue britannique The Lancet a publié fin février 2020 une revue de la littérature portant sur les conséquences psychologiques de la quarantaine. 24 études scientifiques ont été décortiquées. Toutes mettent en avant des effets négatifs de l'isolement sur la santé mentale. « L'éloignement familial et social, la perte de liberté, l'ennui ou encore les incertitudes sur son état de santé ont des effets dramatiques », rapporte l'auteure Samantha K. Brooks du département de psychologie de King's College à Londres.

Effets négatifs sur la durée

Certaines études montrent en particulier les effets négatifs de la quarantaine chez les professionnels de santé. L'une d'entre elles, menée en 2004 à l'occasion de l'épidémie de SARS, montre que le personnel hospitalier mis en quarantaine ont développé davantage de symptômes de stress aigu que leurs confrères qui n'ont pas été isolés. Le personnel ayant vécu la quarantaine était plus nombreux à faire part d' « épuisement, de détachement vis-à-vis des autres, d'anxiété face à des patients fébriles, d'irritabilité, d'insomnies, de démotivation, de résignation… ».  

Une autre étude conclut que la quarantaine est un indicateur de stress post-traumatique chez les hospitaliers, même trois années plus tard. L'isolement peut en effet avoir des conséquences à long terme selon plusieurs articles. Des travaux affirment que même trois ans après la crise du SARS, l'addiction à l'alcool et les symptômes de dépendance étaient observés chez les professionnels de santé.

Une autre étude menée en Australie en 2009 – auprès de la population cette fois – dans le cadre d'une épidémie de grippe équine, précise que 34 % des personnes ayant été mis en quarantaine plusieurs semaines ont ressenti une détresse psychologique pendant l'isolement, soit plus que la population normale (12 %). « La peur, la nervosité, la tristesse ou encore la culpabilité » figurent parmi les sentiments reportés par les personnes ayant subi une période de quarantaine. 

Se basant sur la littérature, l'article de The Lancet a ainsi identifié cinq principaux facteurs de stress durant la quarantaine : 

La durée de l'isolement

De longues périodes de quarantaine sont associées à « des effets négatifs en termes de santé mentale, des symptômes de stress post-traumatique, des comportements d'évitement et un sentiment de colère ».

La peur de l'infection 

Plusieurs textes évoquent la peur ressentie par les personnes sous quarantaine pour leur propre santé ou la crainte d'avoir un effet néfaste sur la santé d'autrui, en particulier les membres de sa famille. Le moindre symptôme correspondant à l'infection est aussi synonyme de grande inquiétude. 

La frustration et l'ennui

Le confinement, la routine et la réduction de la vie sociale et physique provoquent un sentiment d'isolement. Le fait de ne plus pouvoir participer aux activités quotidiennes usuelles est aussi vécu comme une frustration. 

Le manque d'approvisionnement

L'accès difficile à la nourriture, à l'eau, à l'habillement ou au logement est associé à de l'anxiété et de la colère, 4 à 6 mois après la quarantaine. Quatre études montrent également une frustration liée au manque d'approvisionnement des autorités sanitaires, en masque et en thermomètres, par exemple.

Le manque d'informations claires

Le manque d'information de la part des autorités est un facteur de stress. Le manque de transparence sur les différents niveaux de risque a amené la population à craindre le pire. 

L'article de The Lancet comptabilise également deux facteurs de stress post-quarantaine : les conséquences économiques et la stigmatisation. Enfin, des pistes pour limiter les conséquences sur la santé mentale sont formulées : limiter la durée de la quarantaine autant que possible, donner une information claire et transparente à la population, fournir un approvisionnement adéquat, réduire l'ennui et favoriser la communication et enfin, réserver une attention particulière aux professionnels de santé. « Le soutien de ses confrères est essentiel car les professionnels de santé en quarantaine peuvent souffrir d'un sentiment d'abandon de leur équipe », précise enfin l'article. 


Source : legeneraliste.fr