Si « le Généraliste » était paru en mars 1906

La petite vérole était connue des anciens

Publié le 16/03/2015

« Non seulement la petite vérole était déjà admirablement décrite par Grégoire de Tours au Vie siècle, en France, mais encore nous avons aujourd’hui la certitude absolue que cette maladie était connue des Romains et des Grecs, bien avant Jésus-Christ. Nous avons même retrouvé le nom grec dont se servaient les anciens Romains d’avant l’Empire pour designer les gens dont la figure était grêlée comme une écumoire par cette horrible et dégoûtante maladie.

Les anciens disaient en effet : gens à peau écorchée, skulla, d’où on a fait le nom latin de Scylla (bien différent de Charibde et de Silla) qu’on avait eu le tort de traduire par couperose alors qu’il a le sens de figure grêlée comme une écumoire.

Comment a-t-on été si longtemps avant de remonter l’étymologie de ce mot si simple qui dérive de skullein, écorcher ? Car, enfin, ce mot-là n’a pas qu’un seul sens ; et ce sens-là n’a rien à voir avec la couperose, à coup sûr, ni même avec des dartres, mais avec des écorchures, ce qui n’est pas du tout la même chose. Une dartre, c’est une saillie en trop, tandis qu’une écorchure, c’est un creux en moins, une excoriation, un enlèvement de chair !

Comment a-t-on jamais pu voir l’idée de traduire par “couperosé” un mot qui veut dire au contraire criblé d’écorchures ? Voilà le seul et unique sens que peut avoir le nom de Scylla : criblé de trous comme une passoire, grêlé comme une passoire !

Quant à la démonstration rigoureuse de l’épidémie de variole de 580, elle peut se faire aisément par le signalement des trois symptômes pathognomoniques du début de l’invasion, que Grégoire de Tours nous a décrits de main de maître. C’est d’autant moins surprenant qu’il avait eu lui-même la maladie en 563 et l’avait communiqué au clerc qui le soignait.

On sait que ces trois symptômes caractéristiques sont une céphalalgie intense, frontale ou cervicale (grave caput vel cervix), une rachialgie atroce (renumque nimius dolor) et des vomissements de bile pure, de couleur jaune safran ou d’un beau vert (ea qua ab ore projiciebantur colore croceo aut certe viridian). Tout y est dans l’ordre comme on le voit.

Mais notre hagiographe nous donne encore une foule d’autres symptômes qui ne sont pas moins importants. Il va même jusqu’à nous citer un cas typique de variole noire, suivie de mort, chez le comte d’Angoulême ; et il nous montre Frédégonde faisant de l’asepsie préventive dès qu’elle se sentit enceinte de son quatrième fils en brûlant les vêtements, les jouets, les bijoux et les meubles de ses trois premiers enfants emportés par la maladie : il y en avait quatre charrois ! »

(Article signé du Dr Bougon dans la « Chronique Médicale », mars 1906)

Source : legeneraliste.fr