Si « Le Généraliste » était paru en février 1907

La mythologie grecque expliquée par la pathologie

Par
Alain Létot -
Publié le 21/02/2016
histoire

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L'homme primitif est réaliste et sa mythologie a généralement pour base l'observation directe de la réalité. M. Bab (« Geschlechtstleben, Geburt und Missgeburt in der asiastichen Mythologie, Zeitschritf für Ethnologie », t. XXXVIII, 1906, p. 269) vient de montrer qu'en général ces conceptions ne sont pas purement imaginaires, mais reposent sur l'observation de malformations congénitales.

Les Grecs eux-mêmes n'ont fait qu'idéaliser ce que leur offrait la nature et M. Bab a reproduit, d'après M. Schatz, une liste des mythes grecs qui peuvent s'expliquer par la tératologie ou la pathologie. Nous croyons intéressant de lui emprunter les données suivantes :
1. Mythe de Polyphème : cyclopie, fusion des yeux dans la ligne médiane
2. Sirènes : malformation sirénienne, soudure des deux extrémités postérieures.
3. Harpyes : phocomélie, tête et tronc normaux, membres rudimentaires.
4. Janus : Janiceps, jumeaux soudés par l'occiput.
5. Centaure : dédoublement des extrémités postérieures.
6. Tête de la Gorgone : Acardius acormus, tête isolée, sans corps.
7. Diane d'Ephèse : polymastie, mamelles multiples.
8. Pégase : Dédoublement des extrémités antérieures.
9. Hydre de Lerne : Monstre à plusieurs têtes.
10. Saturne dévore ses enfants : Epignathus, monstre double, dont l'un des individus est rudimentaire et sort de la bouche de l'autre.
11. Minerve sort de la tête de Jupiter : syncéphalie, jumeaux soudés par la région pariétale.
12. L'aigle dévore le foie de Prométhée : ectopie du foie.
13. Atlas porte sur sa nuque la sphère du monde : hernie cérébrale occipitale.
14. Latone transforme les paysans en grenouilles : anencéphalie avec saillie des globes oculaires.
15. Les Mélionides : monstre double en haut, simple en bas.
16. Arès et Aphrodite sont retenus par un filet invisible : rétention du pénis par vaginisme.


Quelques-unes de ces assimilations me paraissent assez risquées. Il n'en est pas moins vrai que ces études offrent un champ nouveau à l'interprétation des mythes anciens ; à ce titre, elles méritaient d'être signalées dans la « Chronique médicale ».

(Dr L. Laloy, bibliothécaire de l'Académie de médecine, in « La Chronique médicale », février 1907)

 


Source : legeneraliste.fr