Si « Le Généraliste » était paru en 1930

La médecine au vieux Strasbourg

Par
Alain Létot -
Publié le 06/09/2016
Histoire

Histoire

Le médecin a beaucoup à glaner en relisant l’amusant manuel franco-allemand de conversation de Daniel Martin. Jugez-en par ces quelques glanes.

Chap. XXXVIII (Du baigneur).

- J’ay deux mauvais accidents qui m’incommodent fort, sçavoir est : une défluxion froide sur les dents et une autre sur les yeux.

- Il y a bon remède à tous deux. Allez-vous en en une estuve ; vous faites ventouser sur le haut des espaules après avoir bien sué.

- Mais comment feray-je ? Je n’ay ni manteau de bain, ni brayer, ni ventouses, ni pierre-ponce pour frotter la crasse de dessus ma pauvre peau ; car je ne veux pas qu’un valet me vienne (selon l’ordinaire) gratter avec ses ongles longues et tranchantes, bordées de velours noir et pleines de villainie de quelque rogneux ou demi-ladre.

- Je vous fourniray de tout cela.

- À vostre avis, combien de ventouses me doy-je faire appliquer ?

- Pour le moins dix, quatre sur le dos, deux sur les reins, deux au-dessus des deux coudes et deux sur les cuisses au-dessus des genoux.

- À quelle fin est-ce que quleques-uns s’en font appliquer sur la veine du fessier ?

- Je ne scay si ce n’est pour péter plus clair…

 Chap. XVVIII (Du médecin)

- J’ay porté de mon eau à M. N. et luy ai raconté tout au long comme je me sentois de corps ; là-dessus, il m’a prescrit une ordonnance.

- En avez-vous senti quelque allégement

- Oui, Dieu mercy.

- N’avez-vous demandé l’avis de quelque autre docteur ?

- Nenny, car y ayant bien huict ou neuf ans qu’il me sert tousjours avec heureux succès, je trouve inutile la peine d’en chercher un autre qui avant d’avoir appris ma complexion me pourroit envoyer dormir sous les draps verts.

- Le vostre est-il encore jeune ?

- Il est de moyen âge, ni trop vieux pour radoter, ni trop jeune pour commencer d’apprendre sur ma peau à tailler des courroyes ou faire les cimetières bossus en faisant l’épreuve de quelque secret de chymie.

 Ces conversations familières sont mieux que des exercices philologiques ; elles ressuscitent le bon vieux temps d’Alsace.

(Dr J. Cassan, « La Chronique médicale », 1930)


Source : legeneraliste.fr