Arche de Zoé

La grande solitude du généraliste de Castellane

Publié le 06/12/2012
Dans le procès qui s’est interrompu mercredi et doit reprendre lundi, le Dr Philippe Van Winkelberg se défend comme il peut, en l’absence des deux principaux animateurs de l’Arche de Zoé qui ont réussi à s’y soustraire. Au plan civil, le généraliste est carrément seul, attendant une décision le 18 décembre dans la demande d’indemnisation du Tchad. Son président, Idriss Déby, est venu mercredi à l’Elysée pour réclamer son dû...

Le procès de l’Arche de Zoé s’est interrompu mercredi après trois audiences et reprendra lundi 10 décembre pour trois nouvelles audiences en l’absence du principal accusé Éric Breteau, fondateur de l’Arche de Zoé resté prudemment en Afrique du sud où il vit. Les co-accusés ont beaucoup été interrogés sur l’opération d’exfiltration des 103 enfants du Darfour présentés comme orphelins, et qui étaient en réalité pour la plupart Tchadiens et avaient au moins un parent. Occasion pour Philippe Van Winkelberg, le généraliste de Castellane embarqué dans cette affaire à l’automne 2007, de donner son point de vue sur l’opération.

Avant lui, un autre médecin a témoigné lors du procès. Isabelle Rile est urgentiste et ne fait pas partie des accusés, car, sentant que quelque chose clochait, elle a quitté l’aventure avant son tragique épilogue. À la barre, elle a expliqué les doutes qui ont précédé son départ du Tchad, et sa « surprise » lorsqu'elle s'est aperçue que les enfants n'étaient pour la plupart ni orphelins, ni du Darfour. « Avec les mamas (africaines), on a cherché à savoir d'où ils venaient », a-t-elle raconté expliquant qu’elle s’était finalement rendue compte que les enfants accueillis dans le camp « Children rescue » à Abéché venaient de cette région du Tchad « pour la majorité, si ce n'est tous ». Elle a expliqué avoir interpellé à ce sujet Éric Breteau et Philippe Van Winkerlberg. En réponse, « ils m'ont expliqué qu'ils étaient malheureux, qu'ils étaient en Afrique », a relaté cette femme, décrivant un Éric Breteau « manipulateur ».

Les larmes du médecin généraliste

À l’audience de mercredi, le généraliste de Castellane a tenté de montrer à quel point il avait été berné. D’abord sur le but de l’opération. Début septembre 2007 à Paris ou Valence, un mois avant l'équipée, Éric Breteau répétait que ce n'était pas « une opération d'adoption » et ajoutait que les enfants seraient sélectionnés en fonction de leur état de santé, que des tests de dépistage du sida seraient réalisés, afin que « les cas lourds ne soient pas évacués ». « Aucun enfant n'a été écarté pour des raisons médicales », a rétorqué à la barre le Dr Van Winkelberg.

Sur le statut des enfants, présentés par le fondateur comme Soudanais et orphelins, le médecin généraliste a aussi plaidé sa bonne foi : « A aucun moment je ne me suis imaginé que ces enfants pouvaient avoir des parents », a-t-il expliqué, fondant en larmes à la seule idée « d'arracher un enfant à ses parents ». Comme les autres prévenus, le médecin généraliste a ajouté en vouloir « furieusement » à Éric Breteau et à sa compagne Emilie Lelouch, « elle aussi responsable de ce fiasco ».

Idriss Déby présente la facture à François Hollande

Le procès de l’Arche de Zoé devrait s’achever le 12 décembre, mais le verdict ne sera rendu qu’au mois de janvier. D’ici là, le Dr Van Winkelberg a d’ailleurs un autre rendez-vous avec la justice. Puisque la Cour d’appel d’Aix-en-Provence doit rendre sa décision le 18 décembre concernant la demande d’indemnisation du Tchad. Cette fois le Dr Van Winkelberg va se sentir encore plus seul, puisqu’il est l’unique poursuivi : en sa qualité de médecin généraliste, il est en effet considéré par le Tchad comme prétendument le seul solvable. Dans cette affaire d’indemnisation, le Tchad a perdu la bataille en première instance. Mais lors de l’audience en appel en octobre dernier, il a montré qu’il ne lâchait pas ses demandes d’indemnité.

Par une conjonction de circonstances un peu douteuse, le président du Tchad était d’ailleurs en France cette semaine. Reçu mercredi par François Hollande, Idriss Deby est longuement revenu sur l’affaire. Soutenant - contre toute évidence - qu’en réalité il n’avait jamais gracié personne en acceptant que les prisonniers de l’Arche de Zoé soient rapatriés en France en mars 2008, il a insisté sur ses exigences financières. « Ces responsables ont été condamnés (...) En principe ils doivent non seulement faire de la prison en France, mais aussi payer les 6 millions d'euros d'indemnisation des enfants. » À défaut de garanties sur la condamnation du généraliste à payer la somme, le Tchad fait pression sur l’État français pour qu’il accepte de régler la facture, évoquant un soi disant accord entre les deux pays en 2008 à ce sujet.

Paul Bretagne (avec AFP)

Source : legeneraliste.fr