Courrier des lecteurs

Il paraît que je suis jeune

Publié le 21/02/2020

Je me suis installé il y a un peu moins de cinq ans, sept jours après la fin de mon internat et un mois après mon trentième anniversaire… Aujourd'hui, j'entends les instances qui pleurent les médecins « qui ne s'installent pas », qui « profitent du statut de remplaçant ». Pff.

Se taper onze ans d'études (avec deux redoublements, parce que, oui, les études sont difficiles — et non je ne suis jamais allé à une soirée médecine) pour voir que finalement, un pharmacien ou un infirmier peut bien faire la même chose (vacciner, orienter, diagnostiquer… Il suffit de lire un streptotest, paraît-il), ce n’est pas vraiment encourageant.

Et pourtant, je me régale dans mon boulot. Des patients confiants et qui supportent mes nombreux congés (formation et famille, j'en ai besoin), un associé qui a de la bouteille et de l'humour en toutes circonstances, une secrétaire qui connaît tout le quartier… Et surtout, personne pour contrôler mes horaires ou mes congés car j'ai fui les maisons médicales aux horaires encadrés, à la réunionite galopante, et qui obtiennent des financements supplémentaires pour financer du personnel administratif — ça fait rêver.

Non vraiment, je ne regrette pas le remplacement. J'en ai fait six mois en prenant une disponibilité avant mon dernier semestre d'internat, c’était déprimant. Impossible de savoir si mes prescriptions étaient suivies, utiles ou efficaces. Difficultés à cerner les enjeux autres que biomédicaux immédiats. Pas vraiment l'idée que je me faisais de la médecine, mais bon, chacun ses goûts. Je suis reconnaissant de trouver un remplaçant lors de mes congés.

Ce qui m'a le plus manqué pour l'installation, ce sont des conseils pratiques pour la gestion entrepreneuriale du cabinet. Heureusement que le syndicat des internes s'était bougé : la fac ne proposait rien et les réunions de l'URPS étaient vraiment trop générales pour être efficace. Ne parlons pas de l'ARS et de son référent installation. Aux abonnés absents, je n'avais tout simplement pas réussi à le joindre ! La volonté et un prédécesseur motivé, accompagné par un Ordre réactif ont facilité les choses. Même la CPAM avait été efficace !

Aujourd'hui, le plus difficile est d'expliquer ma résistance aux CPTS et autres formes de coopérations qui ne m’intéressent pas. Quel intérêt de surcharger mes horaires d'une nouvelle réunion pour discuter du job des différents « professionnels de santé » (allez, encore un gros sac pour ne pas distinguer : médecins, infirmiers, pharmaciens, kiné, aides-soignants) ? Chacun fait de son mieux, et il n'y a rien à redire.

Si les décideurs pouvaient plutôt faire disparaître les papiers idiots qui embêtent les infirmiers et les médecins, il y aurait du progrès. J'ai été intéressé par les assistants médicaux… jusqu’à ce que je comprenne la contrepartie. Voir encore et toujours plus de patients. Enfin, surtout, leur consacrer le moins de temps médical possible. Une sacrée révolution !

Ce qui m'aurait emballé, ç'aurait été un nouveau statut pour ma secrétaire. Un statut de fonctionnaire, payée par l'État. Ainsi, je pourrais en bénéficier toute la journée plutôt que juste le matin. Elle aurait une meilleure retraite. Et aucune aide ne serait directement versée aux médecins. Elle serait formée à la paperasserie idiote qu'affectionne tant notre système de santé. Elle aurait un contact direct à la CPAM pour régler les dossiers des patients en souffrance sans passer par les numéros surtaxés… Voilà qui accroîtrait singulièrement mon temps médical, diminuerait le chômage, faciliterait l’accès aux soins et contenterait l'ensemble des patients. On peut rêver !

Enfin, pour cela, il faudrait que les décideurs lisent ce papier jusqu'au bout. Mais je ne peux pas leur en vouloir de ne pas le faire, puisque moi-même, j'ai arrêté de les écouter il y a longtemps…

Alors bon courage à tous les médecins, jeunes, vieux, retraités qui exercent ou ont exercé avec passion, aux infirmiers qui triment sans demander des papiers antidatés, aux pharmaciens qui accueillent avec amabilité les patients malgré tout, aux aides-soignants qui méritent amplement leurs titres.

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Dr Sylvain Duffaud, généraliste à Saint-Etienne (Loire)

Source : Le Généraliste: 2900