Si « Le Généraliste » était paru en décembre 1909

Huile d’Henri V, teinture idiote… le vocabulaire de nos patients !

Par
Alain Létot -
Publié le 13/12/2015
histoire

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Certains de nos patients trouvent spontanément des appellations à déformation burlesque que le plus hilarant des humoristes chercherait en vain, dût-il se dévisser la tête pendant plusieurs jours. On peut ouvrir sur ce chapitre une rubrique intarissable.

Nous avons « l’huile de raisin » et « l’huile d’Henri V » pour huile de ricin ; « l’entracte » pour anthrax ; « la teinture idiote » pour teinture d’iode.

Dernièrement, je voyais un brave homme sorti de l’hôpital avec un adénophlegmon de l’aine. « Comment vous a-t-on appelé ça à l’hôpital ? », lui demandai-je. « Ah,  Monsieur, je ne sais pas, mais je crois bien qu’ils ont dit que c’était un biberon ! ». Il voulait sans doute dire bubon…

Le Professeur André, de Toulouse, me racontait un jour l’aventure qui lui était arrivée à la consultation de l’Hôtel-Dieu. Une femme s’amène avec son drôle (enfant) et, le présentant au Professeur lui explique en patois que ce petit pourrait bien avoir « le sénépon » (c’est un nom patois de la rougeole).

- « Le sénépon, dit M. André, qu’est-ce que c’est que ça ? »

- « Comment, reprend la bonne femme, vous ne savez pas  ce que c’est que le sénépon ! Eh bien, en voilà un médecin ! Il ne connaît pas le sénépon ! »

Et toute courroucée, elle partit en emmenant son malheureux bébé.

(Dr Fortuné Mazel)

 

Voilà quelques expressions entendues dans ma clientèle : « Vélocipède de la face » pour érysipèle ; « sirop d’ordure de pot à fiole » pour iodure de potassium ; « pilules d’attaque de fer » pour lactate de fer ; « mitraille d’argent » pour nitrate d’argent ; « médecin de contrainte » pour semen-contra ;  « onguent de mère cruelle » pour onguent mercuriel ; « catafiacre » pour cataplasme ; « se mettre dans les draps de l’orfèvre » pour les bras de Morphée.

(Dr Marcel Natier)

 

- « Qu’arrive-t-il donc à votre mari, mère untel, on ne le voit plus travailler dans le champ ? »

- « Ah, ne m’en parlez pas, il est ben malade le pauvre… !

- « Qu’a-t-il donc ? »

- « Cela le tient là, dans le creux ; c’est la fourchette du cœur qui se retourne sur l’estomac ; ça le fait tout plein souffrir ! »

Authentique ! Je ne parle que pour mémoire des « fièvres célébrales », des « enflammations multiples » et du rôle important que jouent souvent « les foies ». Pour calmer les douleurs, on emploiera de « l’eau danum » ou mieux encore de « l’eau d’ânon ». Tout ce la se dit couramment,  chaque jour, dans les campagnes…

(Dr C. de la B.)

 

(Chronique médicale, décembre 1909)


Source : legeneraliste.fr