Alerte sanitaire

Hantavirus, un encombrant cousin américain

Publié le 03/09/2012
La maladie est rare et sa forme pulmonaire peu fréquente en Europe. Les symptômes de l’hantavirus, auquel plusieurs dizaines de Français auraient pu être exposés cet été en Californie, sont ceux d’un syndrome grippal banal qui peut retarder la prise en charge. Cette maladie peut-être mortelle, mais ne présente pas de risque majeur dès lors qu’une prise en charge médicale est faite dès les premiers symptômes.

Crédit photo : ©DEE ANN PEDERSON / BSIP

En cette fin août 2012, les autorités sanitaires américaines ont identifié des personnes souffrant d’une maladie pulmonaire rare, mais grave, appelée syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) depuis juin 2012. Ces personnes ont été contaminées après avoir séjourné dans des petites maisons de toile (« signature tent cabins ») du Curry Village au parc national de Yosemite en Californie (photo) entre le 10 juin et le 24 aout 2012. Parmi les touristes ayant séjourné dans ce parc, on compte 53 familles françaises que la Direction générale de la Santé contacte pour s’assurer qu’elles sont en mesure de reconnaître les premiers symptômes de la maladie et leurs rappeler les mesures à suivre. En parallèle, un numéro vert est mis en place 0800 636 636.

Les infections à Hantavirus sont des viroses cosmopolites d’expression clinique variable : formes rénales prédominantes en Europe, formes respiratoires sur le continent américain, fièvres hémorragiques en Asie. Le réservoir est un rongeur sauvage. Non malade, ce dernier reste contaminé toute sa vie et excrète le virus dans ses urines, les selles et la salive ; l’excrétion maximale ayant lieu dans le premier mois suivant la contamination. Ce virus à ARN est sensible à la chaleur, à l’éthanol et aux détergents.

L’homme peut se contaminer en inhalant des gouttelettes de salive ou d’urine en suspension dans l’air, ou des poussières d’excréments provenant de rongeurs sauvages infectés. La transmission peut également, mais beaucoup plus rarement, survenir lors d’un contact direct entre une matière contaminée et la peau non intacte (éraflée), ou encore, par ingestion d’aliments ou d’eau contaminés. Il n’y a pas de transmission interhumaine (d’homme à homme).

Incubation jusqu’à six semaines

Les symptômes du SPH américain se manifestent 1 à 6 semaines après l’exposition, mais le délai moyen est de 2 à 3,5 semaines. Les symptômes initiaux sont de type grippal : fièvre élevée (plus de 39°C), céphalées, myalgies, frissons, associés à des nausées, troubles visuels, détresse respiratoire, hypotension… Ces symptômes peuvent se manifester jusque 6 semaines après le séjour. C’est la notion d’un séjour dans le Curry village du parc de Yosémite aux dates concernées qui doit alerter le médecin. Cette maladie est grave (38% de mortalité avec le hantavirus américain) mais ne présente pas de risque majeur dès lors qu’une prise en charge médicale est faite dès les premiers symptômes.

Les personnes n’ayant pas séjourné dans les maisons de toile du Curry Village mais qui ont visité le parc national de Yosemite entre le 10 juin et le 24 aout 2012 et qui présentent des symptômes évocateurs doivent être considérés à risque de contamination. Les simples touristes californiens n’ayant pas visité ce parc ne sont concernés par cette alerte.

Le diagnostic est sérologique à la recherche d’Ig G et d’Ig M. Le traitement est symptomatique et justifie parfois l’admission en réanimation.

Dr Linda Sitruk

Source : legeneraliste.fr