En faveur d'une prolongation du confinement, le conseil scientifique fixe les conditions pour en sortir

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Publié le 08/04/2020
Pr Delfraissy

Pr Delfraissy
Crédit photo : GARO/PHANIE

Alors que certains évoquent déjà le déconfinement, le conseil scientifique nommé par Emmanuel Macron dans le cadre de l’épidémie de coronavirus appelle à ne pas mettre la charrue avant les bœufs et plaide pour une prolongation du confinement. Celle-ci pourrait être annoncée jeudi soir par le Président de la République lors d'une intervention télévisée.

Invité ce mercredi de la matinale de France Info, le Pr Jean-François Delfraissy (photo), président du conseil scientifique, a affirmé que le confinement devait persister « plusieurs semaines à partir de maintenant » et indiqué avoir formulé une demande en ce sens au gouvernement. « Dans l'état actuel des connaissances, on peut discuter de ce qui se passera dans le post-confinement, mais l'élément essentiel et capital est la poursuite d'un confinement strict sur plusieurs semaines », a-t-il souligné.

Des conditions préalables

Dans un avis daté du 2 avril, le conseil scientifique fixe les conditions préalables à une sortie du confinement. La première est la réduction du nombre de formes graves de Covid-19 nécessitant un séjour en service de réanimation, « sur la base d’indicateurs épidémiologiques indiquant notamment que la saturation des services hospitaliers, et des services de réanimation en particulier, est jugulée ». « Les équipes de soignants devront également bénéficier d’une période suffisante pour récupérer de l’effort considérable fourni pendant les semaines qui viennent de s’écouler, et les stocks de matériel, traitements spécifiques à la réanimation, et équipement de protection devront être reconstitués », est-il précisé dans le document.

La seconde condition à remplir est une diminution « suffisamment importante » des cas de coronavirus sur tout le territoire « pour que la détection des nouveaux cas de façon systématique redevienne possible ».

Enfin, le déconfinement devra, selon le document s’accompagner de la mise en place par le gouvernement d’une stratégie « postconfinement » opérationnelle : maintien des mesures de distanciation sociale, « capacités hospitalières et de médecine de ville restaurées dans les régions qui ont été les plus touchées », « capacités de diagnostic rapide d’infection aiguë et de rendu des résultats aux patients avec transfert des données en temps réel aux systèmes de surveillance épidémiologique » ou encore politique de contrôle aux frontières… (liste exhaustive en encadré)

Le conseil scientifique pour une « utilisation très large des masques en population »

Concernant les masques de protection, dont l’Académie de médecine prône le port obligatoire pour tous les Français, le Pr Jean François Delfraissy a insisté sur France Info sur la nécessité « d'accompagner la sortie du confinement d'une utilisation très large des masques en population ». Toutefois, « porter un masque c'est surtout protéger les autres si on est porteur du Covid mais asymptomatique, a expliqué le président du conseil scientifique. Est-ce qu'un masque protège vis-à-vis des autres ? Les données sont beaucoup moins certaines ou fiables ».

Une fois le confinement levé, il faudra donc souligner que le port d'un masque ne dispensera pas de l'application des autres mesures de protection, selon le Pr Delfraissy.

Ce que devra inclure la stratégie du gouvernement

Selon le conseil scientifique, voici les éléments que devra comprendre la stratégie du gouvernement, une fois le confinement levé :

- le choix des mesures de distanciation sociale qui seront maintenues pendant la période de post-confinement ;

- la disponibilité des protections matérielles comme les gels hydro-alcooliques et les masques à l’usage des personnels soignants, des personnes en situation d’exposition au virus en priorité, puis à l’ensemble de la population, comme en Asie.

- des capacités hospitalières et de médecine de ville restaurées dans les régions qui ont été les plus touchées ;

- un système de surveillance épidémiologique opérationnel pour les indicateurs les plus sensibles comme le nombre de nouveaux cas sur le territoire national et dans les lieux à risque d’épidémie ;

- des capacités de diagnostic rapide d’infection aiguë et de rendu des résultats aux patients avec transfert des données en temps réel aux systèmes de surveillance épidémiologique ;

- de nouveaux outils numériques permettant de renforcer l’efficacité du contrôle sanitaire de l’épidémie ;

- des modalités d’isolement des cas et de leurs contacts adaptées au contexte personnel ;

- la protection des personnes vulnérables et susceptibles de faire des formes graves de la maladie ;

- la protection des populations les plus à risque d’épidémie du fait de leur situation d’habitat (ex : migrants, prisons, personnes en institution) ;

- Une politique de contrôle aux frontières ;

- Se rajouteront éventuellement des traitements efficaces contre le virus, ou à plus long terme un vaccin, qui pourraient bien entendu modifier considérablement ces stratégies. La participation de l’immunité collective au contrôle de l’épidémie n’est pour l’instant pas prise en compte, dans la mesure où elle est très vraisemblablement inférieure à 15 %, y compris dans les zones les plus touchées par la première vague de l’épidémie


Source : legeneraliste.fr