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Dépendance : les aidants n’en peuvent plus

Publié le 05/10/2013
A la veille de la Journée nationale des aidants, une enquête de l’APF met le doigt sur un phénomène souvent passé sous silence : le sort des 8 millions d’aidants bénévoles. Ces soutiens familiaux sacrifient souvent leur carrière pour s’occuper de proches handicapés ou âgés. Et beaucoup finissent par y laisser leur santé.

Les 8 millions d’aidants familiaux de personnes handicapées ou âgées dépendantes sont épuisés. A la veille de la Journée nationale des aidants qui aura lieu dimanche, l'Association des Paralysés de France (APF) a rendu publique une étude dérangeante qui porte sur 440 personnes, des femmes pour les trois quarts et dont 81% aident une personne de moins de 60 ans. L’étude montre que ce sont majoritairement des parents (56%) et des conjoints (près de 33%) qui ont en moyenne 55 ans.

Activité paticulièrement chronophage, puisqu’ils consacrent une part importante de leur temps à cette activité (jusqu’à plus de 40 heures par semaine pour un tiers d'entre eux). Et cela depuis parfois très longtemps : plus de 16 ans en moyenne. Ils peuvent intervenir de façon quotidienne (vie domestique, hygiène, soutien moral, surveillance) ou hebdomadaire (visites médicales, démarches administratives ), mais le font fréquemment sans aide profesionnelle. Plus de la moitié des personnes aidées compte en effet exclusivement sur ce soutien familial.

Une vie foutue

Autant dire que la vie des aidants est sacrifiée. Une personne interrogée sur deux déclare en effet que son rôle d'aidant est préjudiciable à sa carrière. Seuls 37,5% exercent une activité professionnelle et parmi les autres, 14% disent avoir été contraints d'arrêter de travailler pour s'occuper d'un proche. Et quand ce n’est pas le cas, il faut aménager son temps de travail dans 40% des cas (horaires flexibles, renoncement à des opportunités de carrière, passage à temps partiel, départ anticipé à la retraite,...). L’APF montre au passage que les dispositifs de congés existants ne sont pas adaptés : seuls 7,3% les ont utilisés.

Au total, le mental et le physique trinquent souvent. Plus de 80% des personnes interrogées estiment que les domaines de leur vie les plus touchés sont leur vie sociale et leur santé physique. Une majorité citent aussi sommeil, santé psychique, ressources financières, vie familiale et vie sentimentale.

Polémique sur le financement de la dépendance

Voilà une étude qui tombe à point nommé, en pleine polémique sur le financement de la dépendance. Il y a quelques jours, Pascal Champvert, président de l'AD-PA, qui regroupe les directeurs de services à domicile et d'établissements pour personnes âgées, a estimé à terme, les besoins en emplois pour la dépendance de 300.000 à 500.000. Ajoutant que, selon lui, l'Etat avait bien les moyens de créer 22.000 emplois pour la dépendance dès 2014, en utilisant «des crédits déjà votés par le Parlement». Au même moment, le PLFSS 2014 prévoit que le produit de la contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie (Casa) sera, pour la deuxième année consécutive, affectée au Fonds de Solidarité Vieillesse (FSV) (qui finance notamment le minimum vieillesse et les cotisations retraite des chômeurs) et pas à la dépendance, comme annoncé initialement par le gouvernement. La question ne manquera pas de se poser encore lors de la discussion du projet de loi sur l’autonomie, dont la présentation est attendue pour la fin de l’année.

Questionnaires ont été collectés par l'APF de juillet à octobre 2012.
Paul Bretagne

Source : legeneraliste.fr