Édito

Démasqués

Publié le 06/03/2020
Edito

Edito

Les masques sont tombés. La gestion de la crise du coronavirus, ces derniers jours, a été riche en enseignements. Les médecins libéraux ont pu mesurer quelle considération leur portaient les autorités. En 2010, tous les généralistes avaient reçu du ministère de la Santé un stock de masques FFP2 – les plus adaptés contre les virus respiratoires – pour faire face à la grippe H1N1. En 2020, contre le coronavirus, ils devront se contenter de masques chirurgicaux à récupérer en pharmacie – au moins ont-ils évité le point relais.

Alors qu’ils vont prendre en charge en ambulatoire des patients atteints du coronavirus, les libéraux ne disposeront pas de ces fameux « masques canards » comme cela était pourtant encore prévu il y a quelques jours par le ministère de la Santé dans un guide publié sur son site. Las. Confrontés à une pénurie générale, les pouvoirs publics ont fait un choix : les rares masques FFP2 disponibles seront finalement « réservés aux personnels hospitaliers », précise la DGS dans de nouvelles consignes mises en ligne mardi. Furieux, les médecins libéraux s’estiment trahis.

Les masques chirurgicaux sont aussi rationnés pour les patients, qui n’y auront accès dans un premier temps que sur prescription médicale. Seuls les plus fragiles pourront en bénéficier. Qu’à cela ne tienne, les Français n’ont qu’à « se laver les mains toutes les heures », a asséné sans rire le Premier ministre en déplacement à Bordeaux.

En prenant ses fonctions, Olivier Véran s’était engagé à la plus grande transparence sur l’épidémie. Sur ce point, le ministre de la Santé joue le jeu. La DGS communique chaque jour le nombre de nouveaux cas recensés et leur localisation. Mais une question reste sans réponse. Où est passé le stock stratégique de masques de la France pour faire face au risque d’épidémie annoncé depuis deux mois ? « Nous avons des dizaines de millions de masques [chirurgicaux] en stock en cas d’urgence pour l’émergence d’un virus ou d’une bactérie, affirmait Agnès Buzyn le 26 janvier sur LCI. Qui ajoutait néanmoins que « le masque bleu n’apporte aucune protection ». Son départ aurait-il un rapport avec cette pénurie ?

Christophe Gattuso, directeur de la rédaction

Source : Le Généraliste: 2902