Covid-19, les leçons à mi-parcours : « Il faut réarmer l’État sanitaire »

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Publié le 17/04/2020

Que faudra-t-il retenir de la crise que nous traversons ? La question a été posée par Le Généraliste à dix experts (médecin, économiste, sociologue…). Voici la réponse de Frédéric Pierru,  docteur en science politique, sociologue, chargé de recherche au CNRS.

« Après 2009-2010 et la pandémie de H1N1, qui n’est pas venue, la France a bradé sa souveraineté sanitaire. Elle n’est plus en mesure de produire des masques ou des principes actifs. Nous sommes en rupture d’approvisionnement sur certains médicaments et pas fichus de produire des réactifs pour des tests. C’est une impasse sanitaire du libre-échange doctrinaire.

Santé publique Le gouvernement devra en tirer les leçons. Il faut réarmer l’État sanitaire. Mais attention, j’entends déjà poindre une petite musique sécuritaire, liant logique de santé publique et logique sécuritaire. Il faut redonner à la France la capacité logistique de produire des masques et des médicaments, redonner des moyens financiers pérennes à la recherche publique. Je plaide depuis longtemps pour la création d'un pôle public du médicament pour produire en cas d’interruption d’approvisionnement. Cela pourrait, sinon, être le rôle d'entreprises européennes ou françaises à but non lucratif.

Mais faire de la santé publique, c’est du long terme. Cela coûte cher et nécessite d’investir… Je redoute donc une sortie de crise sécuritaire, qui permette de faire de la santé publique à moindre coût, soit en confinant les citoyens et en faisant respecter le lockdown, soit avec du tracking... Une telle sortie rognerait encore plus les libertés publiques.

Et après la parenthèse keynésienne qui suivra cette grande récession, il faut s'attendre à ce que, comme à partir de 2010 à la suite de la crise de 2008, les budgets soient serrés. Et, le souvenir de la pandémie de coronavirus s’effaçant, la logique de l’austérité budgétaire et des dogmes de la Commission européenne pourrait revenir sur le devant de la scène. Cette sortie sécuritaire serait beaucoup plus en phase avec une logique d’austérité budgétaire que de santé publique. »

Propos recueillis par Stéphane Lancelot

Source : Le Généraliste: 2908