Édito

À côté de la plaque

Publié le 19/04/2019
Édito

Édito

Et si la France avait tout faux en matière de lutte contre les déserts médicaux ? La récente enquête pilotée par l’Ordre sur les déterminants de l’installation, à laquelle nous consacrons notre dossier cette semaine, est intéressante à plus d’un titre. Cette introspection de grande ampleur – 15 000 réponses de médecins installés, remplaçants et internes – permet de mesurer combien l’exercice libéral effraie la jeune génération. Mais elle est aussi porteuse d’espoirs.

Sans surprise, seulement 35 % des praticiens ont un statut libéral cinq ans après avoir décroché leur diplôme, la majorité se tournant vers un exercice salarié (62 %). Pour autant, et c’est ici une surprise, près de trois quarts des internes seraient prêts à s’installer en ville s’ils bénéficiaient de meilleures conditions pour le faire.

Enseignement très intéressant, les aides financières mises en place depuis au moins une dizaine d’années ne sont pas décisives. Davantage que les bourses pendant les études (CESP) ou que les 50 000 euros proposés avec le contrat d’aide aux futurs installés dans un désert, les jeunes érigent en critères prioritaires la proximité familiale et l’accès aux services publics. Surtout, ils expriment leur besoin d’un plus grand accompagnement pour mener à bien leur projet professionnel en libéral.

Car les facs ne les forment aujourd’hui pas suffisamment à l’entreprenariat et ne les préparent pas à venir à bout des méandres administratifs. Une part de l’argent aujourd’hui mis sur la table pour subventionner les bourses CESP, maisons de santé ou autres CPTS pourrait sans doute servir à promouvoir les guichets uniques et autres plateformes d’accompagnement des professionnels de santé, trop peu connues des jeunes médecins.

L’enquête de l’Ordre mériterait d’être lue attentivement par les plus hautes instances. Les pouvoirs publics ne peuvent plus fermer les yeux sur cette situation. À moins de vouloir sciemment la fin de la médecine libérale.

Christophe Gattuso, directeur de la rédaction

Source : Le Généraliste: 2870