Coronavirus : Véran encourage le port de masques en tissus pour le grand public

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Publié le 22/04/2020
Masques tissus

Masques tissus
Crédit photo : GARO/PHANIE

Dans la perspective d'un déconfinement le lundi 11 mai prochain, la question du port de matériel de protection pour la population se pose. Si au début de l'épidémie, en France comme dans de nombreux pays occidentaux, les gouvernements répétaient que le port généralisé du masque, denrée alors très rare, était inutile, le discours politique a changé.

En France, les masques de protection sanitaire sont toujours destinés en priorité aux soignants, et peut-être bientôt aux malades, mais l'idée d'un produit « alternatif » en tissu pour la population générale s'est développée. Le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré dimanche dernier que « le masque grand public peut participer à l'arsenal des mesures visant à nous protéger d'une épidémie ». Il pourrait même devenir obligatoire dans les transports en commun.

Pour préparer cette transition, fin mars, l'association de normalisation AFNOR a mis au point un guide d'exigences minimales, de confection et d'usage de ces masques. « On propose des éléments utilisables par chacun », dans des « démarches industrielles, artisanales ou "Do it yourself" ("Faites-le vous-même", ndlr) », a expliqué son directeur général Olivier Peyrat.

17 millions de masques par semaine commandés 

Ces masques, qui ne dispensent pas de la distanciation sociale et des gestes barrières, doivent filtrer au moins 70 % des particules de 3 microns émises par le porteur, tout en permettant une « respirabilité » suffisante pour quatre heures d'utilisation maximum. Deux critères cruciaux pour obtenir une homologation.

La filière textile s'est saisie de ce document pour se reconvertir dans la fabrication massive de ces protections. « On prévoit une production d'environ 17 millions de (ces) masques par semaine en France », a assuré le ministre de la Santé.

Cela sera-t-il suffisant au moment du déconfinement ? Cela dépend du nombre de Français qui l'adopteront. « On n'aura pas de masques pour tous avant des semaines, voire des mois », déplore Michaël Rochoy, médecin généraliste fondateur du collectif "Stop postillons" faisant la promotion du port des Ecrans anti-postillon (EAP) pour le grand public.

Ces protections en tissu sont certes lavables, mais pas à l'infini pour préserver leur efficacité (entre 5 et 20 fois selon les modèles) et il en faut a priori plus d'un par personne.

« Il en faut deux ou trois par jour, ça dépend de ce que vous faites, si vous êtes dans un open space, un atelier, un magasin ou dans un bureau indépendant », commente Yves Dubief, président de l'Union des industries textiles. 

Lavage, séchage, repassage 

Et puis il en faut suffisamment pour pouvoir appliquer les consignes de lavage (à 60 °C pendant 30 minutes), séchage et repassage à 120/130 °C. Et malgré la mobilisation de quelque 600 entreprises du secteur, la capacité de production en France ne pourra pas aller au-delà « avec le personnel disponible », explique-t-il à l'AFP. À moins de faire appel à des ateliers à l'étranger.

Cette production industrielle est pour l'instant destinée aux entreprises qui veulent équiper leurs salariés et aux collectivités territoriales. La ville de Paris a promis de distribuer gratuitement d'ici mi-mai 2 millions de masques aux Parisiens, pour un coût de 3 millions d'euros.

Mais à terme, il faut « qu'on puisse acheter des masques n'importe où comme des mouchoirs en papier ou des capotes », a plaidé lors d'une conférence de presse le pneumologue Bertrand Dautzenberg, créateur du site montissumasque.com propose comme beaucoup d'autres un tutoriel de fabrication maison selon les règles de l'AFNOR, en trois couches de tissu.

L'Association de normalisation doit publier cette semaine des résultats de tests sur des matériaux que chacun peut avoir chez soi. Homologué ou non, il faut que « tout le monde porte un écran pour protéger tout le monde », martèle le Dr Rochoy, attirant l'attention sur les conseils des Centres américains de lutte contre les maladies. On peut notamment trouver sur leur site un modèle de masque sans couture ni élastique, en découpant un T-shirt.

L'enjeu sera aussi que les utilisations prennent les précautions nécessaires et apprennent à manipuler ces masques pour qu'ils soient efficaces. Bref, ne pas le toucher sans arrêt, pour ne pas s'auto-contaminer.

(Avec AFP)

Mise à jour : En l'absence, pour l'heure, d'obligation à porter de tels masques dans l'espace public, l'Académie de médecine recommande dans un communiqué publié mercredi « une mobilisation citoyenne pour le port du masque »« Attendre la date du 11 mai pour faire porter le masque aux Français, c’est accorder 3 semaines de répit au SARS-CoV-2 pour qu’il continue de se transmettre », fait valoir l'institution.


Source : legeneraliste.fr