Coronavirus : de nouvelles pistes thérapeutiques inédites

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Publié le 06/04/2020
Poches de plasma

Poches de plasma
Crédit photo : BURGER/PHANIE

BCG, sérum de patients guéris, cellules de cordon ombilical ou encore hémoglobine de ver marin … À côté des grands essais randomisés déjà lancés pour tester les candidats médicaments les plus en vue (dont l’hydroxychloroquine), d’autres travaux se mettent en place pour explorer de nouvelles pistes inédites de lutte contre le coronavirus.

Le BCG, une piste de prévention « intéressante » mais encore préliminaire

En préventif, de plus en plus d’équipes s’intéressent au BCG. On sait depuis longtemps que ce vaccin exerce des effets bénéfiques non spécifiques, avec notamment un effet protecteur contre les infections, en particulier respiratoires, démontré chez l’enfant. Par ailleurs, des études épidémiologiques ont retrouvé une corrélation entre taux de vaccination par le BCG et taux de mortalité face au Covid-19.

Forts de ces observations, des chercheurs de plusieurs pays ont lancé des essais cliniques de grande ampleur (1 000 personnes aux Pays-Bas, 4 000 en Australie) chez les personnes à haut risque d’exposition comme les personnels soignants. En France, l'Inserm travaille sur un projet d'essai clinique en double aveugle, en collaboration avec l'Espagne. L'espoir est qu'une vaccination récente permette soit de diminuer le risque d'être infecté, soit de limiter la gravité des symptômes. Cependant, « si l’essai clinique voit le jour, il faudra encore suivre les participants pendant 2 à 3 mois pour avoir des données fiables » prévient l’institut de recherche qui appelle à rester prudent. Si « la piste du vaccin BCG est très intéressante [...aucune donnée ne permet à ce jour de recommander une vaccination au BCG pour se protéger du Covid-19 » . 

Des anticorps de patients guéris testés en curatif

En curatif, l’Inserm soutient par ailleurs le projet Coviplasm, promu par l’AP-HP pour tester l’efficacité de la transfusion de plasma de patients convalescents du Covid-19. Ce plasma « contient des anticorps qui pourraient aider les patients en phase aiguë de la maladie à lutter contre le virus » espèrent les chercheurs. Les prélèvements auprès de patients guéris depuis au moins 14 jours devraient débuter demain, orchestrés par l’EFS. Ensuite, soixante patients seront inclus dans l'essai dans différents hôpitaux de l'AP-HP. La moitié bénéficieront de l'apport en plasma-convalescent, à raison de deux unités transfusées à J6 (+/- 1 jour) après le début des symptômes cliniques. En l'absence d'événements indésirables aigus chez les trois premiers patients, deux unités seront transfusées 24 heures après. « Une première évaluation pourra être rendue deux à trois semaines après le début de l'essai clinique. En fonction de l’efficacité du traitement et de l’absence d'apparition d’effets secondaires délétères, l'essai clinique pourra être élargi à un nouveau groupe de patients », indique l’AP-HP.

Deux pistes inédites pour les formes graves

Pour les formes graves, avec détresse respiratoire, l’AP-HP vient aussi de lancer l'essai Stroma-Cov2 afin d'évaluer auprès de 60 patients, l’impact de l’administration IV de cellules stromales mésenchymateuses de cordon ombilical, répétées toutes les 48 heures, chez des patients intubés - ventilés présentant un syndrome de détresse respiratoire aiguë sévère. Le rationnel de l’essai repose sur le fait que l'injection de ces cellules – connues pour leurs propriétés anti-inflammatoires, anti-fibrotiques et immuno-modulatrices- pourrait permettre de contrôler l’inflammation associée au syndrome de détresse respiratoire aiguë. Ces cellules ont déjà été utilisées chez l'homme dans différentes pathologies à forte composante inflammatoire, avec une très bonne tolérance.

Toujours pour les formes graves, un autre essai baptisé Monaco vient de débuter et évaluera la tolérance de l’utilisation d’un transporteur d’oxygène M101 issu de l’hémoglobine de ver marin chez des patients Covid + très gravement atteints, avec insuffisance respiratoire réfractaire. Dans un premier temps, 10 patients ayant une indication d’ECMO mais non éligibles à cette technique pourront bénéficier d’une injection de M101. Celle-ci se fera de manière séquentielle, patient par patient, avec une augmentation progressive des doses. L’objectif principal est de démontrer la sécurité du traitement en vérifiant l’absence d’événements indésirables immédiatement après l’administration.


Source : legeneraliste.fr