Si « Le Généraliste » était paru en 1760

Comment se faire bien voir du malade en rusant pendant la consultation

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Publié le 12/04/2017
Histoire

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Dans les consultations, il faut avoir soin d’arriver un quart d’heure avant les autres, non pour dormir, mais pour vous trouver tête à tête avec le malade et gagner sa confiance, en paraissant étudier sa maladie et vous intéresser sérieusement à son état. Vous ne devez sortir aussi que le dernier, afin de confirmer le malade dans la bonne idée que vous lui avez déjà inspiré : ce que vous ferez en disant que c’est vous qui avez mis vos confrères sur la voie, parce qu’étant venu de meilleure heure vous avez eu le temps de bien examiner et connaître la nature de la maladie ; ajoutez que vous leur avez donné un plan de cure si juste et si solide qu’ils n’ont pu faire autrement que de le confirmer et le suivre à la lettre.

Sachez que dans les consultations, il ne s’agit que rien moins que de conférer pour guérir le malade : il ne s’agit que de s’y distinguer et de se faire applaudir de l’auditoire et, s’il n’en est pas moyen, il faut, du moins, s’attirer la bienveillance des confrères ; devinez ce qu’ils pensent pour vous y conformer. Ne soyez jamais d’un avis particulier et ne parlez jamais ni des maladies ni des remèdes. Mais ajoutez toujours quelque chose à ce qu’on aura dit avant vous et changez aussi quelque petite chose dans la façon de prendre les remèdes comme l’eau chaude en eau tiède, l’eau tiède en eau un peu froide.

Par cette conduite, pleine d’égards en apparence pour le malade, vous viendriez à bout de supplanter non un confrère ou deux, mais toute la faculté.

 Caractères des médecins ou l’idée de ce qu’ils sont communément et de ce qu’ils devraient être », par ***, docteur en médecine, extrait repris dans « La Gazette médicale du Centre », 15 novembre 1927)


Source : legeneraliste.fr