Prévention

Comment adapter la prescription en cas de canicule ?

Publié le 13/07/2013
L’exposition à des fortes chaleurs constitue une agression pour l’organisme. En cas de vague de chaleur, la prise de médicaments peut aggraver la déshydratation, un coup de chaleur ou une maladie. L’ANSM met en garde les professionnels de santé contre les risques des complications et conseille de modifier les traitements des patients les plus vulnérables.

Dix ans après la canicule meurtrière de l’été 2003, l’Ansm vient d’éditer des recommandations sur les conditions climatiques extrêmes et les produits de santé.

En effet, les études épidémiologiques sur les facteurs de risque de décès conduites à la suite de l’épisode caniculaire d’août 2003, montrent que des traitements médicamenteux pourraient favoriser la survenue d’un coup de chaleur, sans pour autant conclure à l’existence d’un lien de causalité entre la prise d’un médicament et le décès. Une étude cas témoin a montré que la prise d’un psychotrope, en particulier antidépresseur ou neuroleptique, est associée à une augmentation du risque de décès chez le sujet âgé pendant une vague de chaleur. Et selon une autre étude, l’association d’un diurétique majore encore ce risque.

Par conséquent, l’ANSM conseille aux médecins de revoir les traitements de leurs patients au cas par cas. Les patients les plus vulnérables sont les personnes âgées, les nourrissons et les enfants ainsi que les personnes atteintes d’une pathologie chronique.

- L’ANSM conseille d’éviter de prescrire des anti-inflammatoires non stéroïdiens qui risquent de se révéler néphrotoxiques en cas de déshydratation. En cas de fièvre, il vaut mieux éviter, toujours selon l’ANSM, la prescription de paracétamol qui se révèle inefficace en cas de coup de chaleur et qui pourrait aggraver une éventuelle atteinte hépatique. En cas de prescription de diurétique, les professionnels de santé devraient veiller à ce que les apports hydriques et sodés soient adaptés.

- Les experts de l’agence dressent une liste des médicaments à surveiller en cas de vague de chaleur. Parmi les médicaments pouvant provoquer des troubles de l’hydratation et/ou hydroléectrolytiques, l’ANSM cite en premier lieu les diurétiques,en particlier diurétiques de l’anse (furosémide et bumétanide).

- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvant altérer la fonction rénale ainsi que les salicylés à des doses supérieures à 500 mg par jour et les coxibs sont également cités. Suivent les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC), les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA II), l’aliskirène, certains antibiotiques (notamment les sulfamides), certains antiviraux (notamment l’indinavir), certains antidiabétiques (gliptines et agonistes du récepteur GLP-1) et, en règle générale, tous les médicaments connus pour leur néphrotoxicité.

- La déshydratation peut affecter la distribution ou l’élimination de certains médicaments. Il s’agit des sels de lithium, des anti-arythmiques, de la digoxine, des antiépileptiques, de certains hypoglycémiants oraux (biguanides et sulfamides hypoglycémiants) et des hypocholestérolémiants.

- À noter que la chaleur peut être également à l’origine du décollement des dispositifs transdermiques.

- L’ANSM rappelle aussi que les neuroleptiques ainsi que les médicaments sérotoninergiques peuvent perturber la thermorégulation centrale tandis que d’autres peuvent atteindre celle périphérique. C’est le cas des médicaments à propriétés atropiniques, comme les antidépresseurs imipraminiques, les antihistaminiques H1 de première génération, les antiparkinsoniens, certains antispasmodiques, les neuroleptiques, la scopolamine, le dysopyramide, l’atropine et les collyres atropiniques, certains bronchodilatateurs, le néfopam, la mémantine ou le pizotifène. D’autres comme les vasoconstricteurs périphériques agissent en limitant la réponse vasodilatatrice (décongestionants nasaux, médicaments antihypotenseurs, dérivés de l’ergot de seigle et triptans). Certains en limitant l’augmentation du débit cardiaque réactionnelle à l’augmentation du débit sanguin cutané perturbent aussi la thermorégulation (diurétiques, bêta bloquants). Et les hormones thyroïdiennes jouent les trublions en augmentant le métabolisme basal et donc, la production endogène de chaleur.

- En outre, d’autres médicaments comme les neuroleptiques, les antiparkinsoniens et les antidépresseurs favorisent les dysrégulations thermiques.

- Enfin, d’autres médicaments peuvent, mêmede manière indirecte, aggraver les effets de la chaleur, notamment ceux faisant baisser la pression artérielle (antihypertenseurs et anti-angoreux) et ceux agissants sur la vigilance (psychotropes).

Giulia Gandolfi, Dr Linda Sitruk

Source : legeneraliste.fr